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algérie

  • Instituteur dans l'Oranais...

     

     

    « Même avec un fusil, c'est un beau pays, l'Algérie... » chantait Serge Lama. Stanislas Swietek a connu deux époques. Celle où, comme officier appelé il accomplit son temps dans l'Ouarsenis puis celle de sa coopération dans l'Algérie indépendante naissante. Ce fils de mineur polonais du Pas de Calais, certainement de par ses origines ouvrières, n'a rien d'un sabreur et, délaissant les combats et leur gloire, il préfère se consacrer à l'enseignement qui est par ailleurs son métier et sa vocation.

    Durant sa période militaire, il avait été amené à approcher les horreurs de ce conflit sans nom, la torture, les « corvées de bois », la misère des indigènes, le mépris des colons. Il rencontrera aussi l'amour avec Colette, jeune PFAT qui se consacre elle aussi à soigner au mieux les plus déshérités. Ils découvriront ensemble le dénuement et la précarité de ces Français pas tout à fait à part entière vivants dans des conditions déplorables. Devenu responsable d'un secteur scolaire, Stanislas va former des instructeurs qui à leur tour apporteront la connaissance à leurs élèves.

    Dans un livre édité chez L'Harmattan, Stanislas Swietek détaille de façon précise et agréable son parcours d'enseignant dans ce pays nouveau et plein d'espérances, sa vie quotidienne, ses relations avec ses élèves, leurs parents, l'administration encore hésitante mais généralement bienveillante à l'égard de ces « Roumis » qui ont choisi de s'y investir, sans grandes contreparties financières, mais avec une foi incommensurable. Cette région, L'Oranie, il l'affectionne particulièrement pour y consacrer sa vie pendant près de dix ans. Pourtant dès 1965, gagnés par l'appel du pouvoir les nouveaux dirigeants algériens mettent en place une politique bureaucratique qui rend plus difficile le travail des coopérants. Ceux-ci peinent à accomplir leurs missions et progressivement quittent le territoire. La famille Swietek retrouvera le sud-ouest natal de Colette et Stanislas y poursuivra sa carrière.

    En 2008, suite au décès de son épouse et quarante ans et deux mois après en être parti, Stanislas retournera sur les traces de sa jeunesse militante d'enseignant pour de chaleureuses retrouvailles avec ses amis et disciples d'autrefois. Son retour au bled coïncide à peu près à mon premier voyage en Algérie et je partage son appréciation des paysages et des gens. J'aime la « harira », la nuit oranaise, les plages de la Salamandre ou des Sablettes, la couleur de la mer à Kristel, l'accueil du « Montazah » et je ne puis qu'inciter les amis, encore un peu timorés, à venir y goûter...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Instituteur dans l'Oranais, une passion algérienne 1959-1968 » de Stanislas Swietek aux éditions L'Harmattan collection Graveurs de Mémoire.

     

     

  • Mes indépendances...

     

     

    Kamel Daoud est un sacré bonhomme, comme je les aime. C'est une plume et aussi un journaliste hors pair. Sur le net et parfois lorsqu'il m'arrive de me trouver sur l'autre rive de la Méditerranée, je me régale à parcourir ses chroniques dans le Quotidien d'Oran. Avec élégance et précision il décrit son pays et le monde. Avec courage il égratigne le sacré, la religion et l'état, bénéficiant ainsi de fatwas et de menaces émanant autant du sabre que du goupillon islamique. Avec clairvoyance il dresse le portrait d'un peuple à l'abandon et d'un pouvoir corrompu. Avec générosité il instille l'espoir dans l'avenir.

    Lassé des attaques menées par tous le empêcheurs de jouir librement et l'incompréhension de ses semblables, le « chroniqueur » comme il lui plait de se définir, veut quitter le journalisme pour se consacrer à l'écriture, dans laquelle il excelle par ailleurs. Ce serait une bénédiction pour la littérature, mais bien regrettable pour l'expression libre...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Mes indépendances / Chroniques 2010-2016 » de Kamel Daoud aux éditions Actes Sud.

    Son roman « Meursault, contre enquête » a reçu le prix Goncourt du premier roman en 2015.

     

  • Si Bouaziz Bengana...

     

     

    C'est l'histoire d'une famille mais aussi celle d'un peuple que Férial Furon nous invite à découvrir dans son livre paru récemment chez Riveneuve Editions. Son arrière grand-père, Si Bouaziz Bengana fut le dernier Cheikh El Arab, seigneur de la région de Biskra, les Ziban. Sa généalogie remonte aux origines de l'Islam mais c'est plus particulièrement la période qui suit la fin de la régence ottomane d'Algérie et la conquête par la France qui conduisent le fil de cet ouvrage. On y découvre une réalité souvent méconnue des conflits qui se déroulèrent dans le sud constantinois entre résistants à l'invasion coloniale mais aussi entre tribus qui se combattirent mutuellement et sans pitié selon les allégeances du moment et au grand bénéfice de l'envahisseur qui sut habilement utiliser les rivalités entre indigène pour assoir son pouvoir. Ces mêmes « alliés » qu'il abandonnera et anéantira lorsqu'il sentira la résistance se radicaliser notamment après les massacres de 1945. Le sentiment national algérien commençait à dépasser alors les clivages entre clans et dégageait le chemin vers l'indépendance.

    L'auteure, descendante de cette illustre famille semble très attachée sentimentalement à ces ancêtres, néanmoins son analyse et surtout ses positions et engagements dans la société française depuis ses dix-huit ans, nous rassurent sur le possible et nous incite à maintenir une indispensable et fraternelle entente avec l'autre rive de la Méditerranée...

     

    Henri Cazales / Radio. Asso.

     

    « Si Bouaziz Bengana desrnier roi des Ziban » de Ferial Furon chez Riveneuve éditions.

     

  • Jours tranquilles à Alger...

     

     

     

    L'Algérie est un pays de paradoxes. Un peuple courageux qui fut capable de vaincre une puissance coloniale mieux armée et qui aujourd'hui semble résigné face à un pouvoir chancelant, un pays aux ressources naturelles extraordinaires et qui dépend presque exclusivement des importations étrangères, une population majoritairement jeune dirigée par des vieillards impotents, des sites touristiques de toute beauté que pratiquement personne ne visite, des richesses qui ne profitent qu'à une infime minorité... Quelle malédiction a donc atteint ce malheureux territoire pour qu'il en soit ainsi ? Peut-être le pétrole et sa trop juteuse rente qui encourage spéculation et corruption, qui sait...

    Deux journalistes, rédacteurs du supplément week-end du quotidien « El Watan » Mélanie Matarese et Adlène Meddi, se sont penchés sur la question et au travers d'un livre publié par les éditions Riveneuve reproduisent avec talent et sensibilité leurs chroniques au jour le jour sur l'actualité du pays depuis une dizaine d'années.

    J'aime ce pays que je connais un peu, j'apprécie la chaleur de l'accueil de ses habitants, je sais leurs souffrances face à l'injustice et à l'arbitraire, et malgré les risques de dérives concernant son avenir, j'ai foi dans la clairvoyance et la capacité de réaction du peuple algérien. Issu d'une famille engagée dans le soutien à son indépendance, engagé auprès des victimes de la période noire, je serai toujours aux côtés de mes ami-e-s d'outre Méditerranée...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Jours tranquilles à Alger » de Mélanie Matarese et Adlène Meddi aux éditions Riveneuve.

    Préface de Kamel Daoud.

     

     

  • De nos frères blessés...

     

     

    Ce 11 février 1957, à 5 h 10 du matin dans la cour de la prison de Barberousse à Alger, la tête de Fernand Iveton tombait dans la panière de la sinistre machine de mort. Le crime de ce courageux militant communiste était d'avoir placé une bombe de faible capacité dans un local inoccupé de l'usine où il travaillait, en dehors des heures de toute présence humaine, un acte purement symbolique en vue d'éveiller les consciences sur la réalité d'une guerre coloniale qui en refusait le nom. Malgré cela, il fut condamné à mort par le tribunal militaire d'Alger et exécuté. Il fut le seul européen guillotiné de toute la guerre d'Algérie, contrairement à ses frères de combat « indigènes » qui tombèrent en nombre. La raison d'état s'était appliqué dans toute sa rigueur et il rejoignit dans la mort son compagnon et ami de jeunesse, l'aspirant Henri Maillot, soldat français exécuté froidement par d'autre soldats français pour avoir fait le choix de se battre pour son pays, cette Algérie que tous deux voulait libre et fraternelle. La grâce lui fut refusé par le président René Coty, sur les conseils avisés d'un certain François Mitterrand, qui plus tard accédera à la magistrature suprême avec l'apport des communistes, oublieux de leurs martyrs, en échange de quelques éphémères postes ministériels, et comble d'ironie macabre, il fera abolir la peine de mort...

     

    Joseph Andras est un jeune auteur (Il est né en 1984). Cet ouvrage documenté et émouvant qui retrace les derniers jours de Fernand Iveton est son premier livre, il est publié par les éditions Actes Sud. Nous ne doutons pas un instant que sa carrière littéraire ne fait que commencer...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « De nos frères blessés » de Joseph Andras aux éditions Actes Sud.

     

  • L'enfant de Mers-El-Kebir...

    L'enfant de Mers-El-Kebir...

     

    Les enfants de Mers El Kebir, cette ville portuaire à l'ouest de l'agglomération oranaise, je les ai vu jouer autour du kiosque face à la mer, dans les ruelles défoncées montants au château d'eau ou aux alentours du cimetière où reposent pour l'éternité les jeunes marins victimes, depuis ce début de juillet 1940, de l'anéantissement de la flotte française par l'armada britannique. Ils étaient insouciants comme ceux décrits dans le livre de Sophie Colliex publié aux éditions helvétiques Encre Fraîche. Michel y connaitra la vie dure et ingrate d'un père pécheur, l'amour d'une mère superstitieuse et possessive, la chaleur et la protection de sa fratrie, et un terrible secret... Il jouera au cerf-volant sur la plage avec Samir et Norbert, se meurtrira dans de terribles courses de planche à roulette, se réfugiera pendant les bombardements dans les grottes du Santon, creusées artificiellement par la France afin de servir d'abris en cas de guerre nucléaire. (J'ai appris enfin les véritables raisons de l'existence de ces immenses trous dans la montagne, grillagés et pourvus de gigantesques systèmes d'aération). Cette histoire est une fiction qui se situe dans un cadre réel et  une époque que l'auteure ne connait pas, pourtant elle a su reproduire les deux avec justesse, il faut saluer cette prouesse, fruit d'un remarquable travail de recherche.

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « L'enfant de Mers-El-Kebir » de Sophie Colliex aux éditions Encre Fraîche.

     

  • L'Algérie de demain...

    Publié en 1960 « L'Algérie de demain » est un des derniers écrits de Mohand Tazerout sous le pseudonyme de Moutawakkil. Philosophe, historien, sociologue, germaniste reconnu, il laisse derrière lui une oeuvre considérable. On lui doit notamment la traduction en français du « Déclin de l'Occident » d'Oswald Spengler, un essai en trois volumes sur l'éducation allemande contemporaine et une fresque en cinq volumes de l'histoire des civilisations publiée dans les années 50 sous le titre « Au congrès des civilisés ».

    Né en Kabylie, Mohand Tazerout pris en 1914 la nationalité française et s'intégra dans la société française dont il partageait les valeurs. Mais, constatant combien s'en éloignait la politique algérienne de la France il est, comme d'autres intellectuels de sa génération, progressivement revenu à ses origines soutenant la lutte armée et prenant vigoureusement parti pour l'indépendance. Rédigée en plein dans la tourmente, « L'Algérie de demain » brosse le portrait que pourrait avoir ce pays une fois maitre de son destin. Education, organisation économique et sociale, droits politiques, rapports internationaux : tous ces domaines sont explorés d'une manière originale, avec réalisme mais aussi une grande ambition.

    Un texte toujours d'une actualité brûlante.

     

    « L'Algérie de demain » de Mohand Tazerout publié aux éditions Riveneuve.

    Préface de Jacques Fournier, réédition commentée par Sadek Sellam.

     

  • Les arbres ne nous oublient pas...

     

     

    Encore une histoire de retour sur son passé, une histoire de filles également et de la même génération et qui ont quitté le même pays aimé: l'Algérie, pour une même raison : une guerre insensé, inutile et meurtrière. Les souvenirs de Michèle Perret publiés aux éditions Chèvre-feuille étoilée sont plus campagnards, sa famille possédait une ferme à Sfisef, entre Oran et Bel-Abbès, ils n'en sont pas moins émouvants surtout au travers des retrouvailles avec l'ami d'antan, le fellah qui l'accueille à bras ouverts et fait remonter en elle les souvenirs d'une enfance insouciante. Bien sûr le colon oppresseur a sévi et la révolte populaire des opprimés a été combien légitime, néanmoins et j'en ai reçu personnellement témoignage, des liens d'affection et de solidarité existaient entre les différentes populations, particulièrement chez les enfants encore abrités des sombres calculs politiciens de l'époque.

    Les arbres, ceux au tronc blanchi des avenues d'Oran El Bahia ou de l'allée interminable de la ferme, qu'ils aient été traversés par les balles meurtrières des différents affrontements connus par le pays ou plus prosaïquement servis d'exutoires à l'expression amoureuse de ses adolescents, restent les gardiens de notre mémoire commune, celle de nos deux peuples frères...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Les arbres ne nous oublient pas » de Michèle Perret aux éditions Chèvre-feuille étoilée.

     

  • Bienvenue chez vous...

     

     

    C'est par ces mots qu'Andrée Job-Querzola a été accueillie dans sa ville natale de Sidi-Bel-Abbès lorsqu'après de nombreuses années et beaucoup de réticence, comme pour de nombreux « pieds noirs », elle s'est plongée dans son histoire et a fait le pèlerinage sur les lieux de son enfance.

    C'est par ces mots que moi aussi qui n'ait pourtant d'autres attaches avec l'Algérie qu'affectives et beaucoup d'affinités avec ses habitants, ait été salué dès mon arrivée à l'aéroport d'Oran en 2006 par un policier des frontières, j'en fus agréablement surpris, il est vrai qu'à l'embarquement à Blagnac, ses homologues français étaient beaucoup moins souriants...

    Bel-Abbès connue pour le cantonnement de la légion étrangère du temps de la présence française était une ville moyenne, elle est aujourd'hui une grande métropole. Pourtant Andrée y a retrouvé de nombreux souvenirs, les maisons de sa famille, ses écoles, ses lieux de détentes et même le caveau de ses ancêtres. Le kiosque à musique, le jardin public, l'hôtel de ville, le marché, l'église devenue mosquée dont les deux minarets accueillent les nids de cigognes baignent toujours dans les parfums de l'enfance et les pétarades des nombreuses mobylettes ne couvrent pas les cris des gamins d'aujourd'hui.

    L'Algérie ne sera jamais pour nos générations de sexagénaires et plus, un pays étranger. Que nous y ayons vécu ou simplement parce que, en géographie nous avons appris ses départements ou que nos frères ainés s'y soient retrouvés, forcés de mener une guerre qui ne les concernaient en aucune façon, les références à notre histoire commune sont trop forts pour disparaître par la seule volonté d'une poignée de nostalgériques fascisants.

    Le livre, trop petit livre à mon goût, d'Andrée Job-Querzola publié aux éditions de L'Attrape-Science contribue de façon émouvante à l'édification de l'indispensable passerelle trans-méditerranéenne qui scellera enfin la paix entre nos deux peuples...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Bienvenue chez vous » d'Andrée Job-Querzola aux éditions de L'Attrape Science.

     

  • L'Algérie futée...

    Les éditions du Petit futé viennent de publier leur guide sur l'Algérie. Un ouvrage attendu qui nous fait découvrir un pays mal connu mais pourtant si proche, géographiquement autant que sentimentalement. L'Algérie n'est pas une destination touristique prisée et c'est bien dommage car le pays n'a rien à envier à ses autres voisins : le Maroc ou la Tunisie. L'absence de tourisme de masse l'a certainement protégé et les ravissantes plages de la côte méditerranéenne ne servent pas trop au bronzage des cuirs occidentaux, une bonne chose pour les amateurs d'authenticité qui ne seront pas harcelés par des marchands de pseudo artisanat local. Des sites exceptionnels variés et multiples sont offerts par un peuple accueillant et généreux, pour la découverte il suffit de laisser ses préjugés au vestiaire, faire confiance et se laisser guider. Sans prendre de risques inconsidérés, on est sûr de découvrir à chaque balade un mystère que cette terre si riche de ses diversités historiques a su préserver. Pour cela le petit futé Algérie est un outil indispensable, dès que vous l'ouvrirez vous serez déjà là-bas...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « Le Petit Futé Algérie » www.petitfute.com

     

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