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Actualités - Page 5

  • Communiqué LDH

     

    Paris, le 3 mai 2016

    Violences policières : la LDH demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire

    Depuis plusieurs semaines, un peu partout en France, les manifestations contre la loi travail ou les initiatives prises dans le cadre du mouvement « Nuit debout » donnent lieu à des incidents souvent violents impliquant les forces de police, dans une escalade de la violence.

    Quel que soit le contexte, quelquefois marqué par la présence de groupes cherchant l’affrontement, rien ne saurait justifier les débordements auxquels se livrent régulièrement les forces de l’ordre en faisant un usage disproportionné de la force vis-à-vis de citoyens, souvent jeunes, qui manifestent pacifiquement leur opposition au projet de loi travail ou qui se réunissent pour échanger, discuter, imaginer d’autres façons de préparer l’avenir.

    De nombreux témoignages, de multiples vidéos qui montrent de façon répétée des coups portés à des personnes déjà entravées interrogent sur les objectifs des stratégies mises en place par les instances de commandement de fonctionnaires de police qui n’hésitent pas, par ailleurs, à utiliser des balles de défense, arme qui a fait perdre un œil à un jeune manifestant de Rennes.

    La LDH rappelle aux responsables de police et aux fonctionnaires sur le terrain que l’article R.434-17 du Code de la sécurité intérieure dispose que « Toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence ou de tout traitement inhumain ou dégradant ». Face à la gravité avérée des faits, elle demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire afin que toute la lumière soit faite sur des événements qui, y compris chez les policiers et les gendarmes, ont déjà fait plusieurs victimes et qui ont entraîné par ailleurs des peines de prison ferme.

    Dans un contexte de montées de tensions sociales aussi fortes que préoccupantes, le droit de manifester pacifiquement et contester collectivement ce qu’on estime injuste, le droit de se réunir dans l’espace public constituent des libertés fondamentales. Les exercer est un acte de citoyenneté.

    Il appartient aux pouvoirs publics de les garantir. Il nous appartient de les défendre : nous n’y manquerons pas.

    Extrait du site de la LDH de Toulon

     

  • Communiqué

    URGENT !
    SAUVONS LA PAIX
    NI GUERRES, NI ETAT DE GUERRE

     

    La France traverse à nouveau une période très troublée : à la fois, sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. Ces deux plans s’intriquent fortement, rendant très complexe la lecture des événements, causes et conséquences étant étroitement liées.

    Le 13 novembre 2015 au soir, après la tuerie au Bataclan, monsieur François HOLLANDE a déclaré : « Nous sommes attaqués … la France est en guerre …  »

    Regardons la situation intérieure de notre pays :

    • L’état d’urgence, instauré pour 3 mois est maintenant prolongé jusqu’au 26 mai. Il restreint considérablement nos libertés, crée un climat de méfiance et de suspicion, donne lieu à des dérives arbitraires, est inefficace contre le terrorisme, voire l’amplifie. ;
    • Le rejet manifeste de la France à accueillir des réfugiés : ce manquement cruel aux droits de l’Homme : donner asile et protéger ceux qui fuient des pays en guerre n’est pas à l’honneur de notre pays.
    • Le chômage de masse, la précarité du travail, le sous-logement, la défection de l’Etat dans les services publics, …. alimentent la sensation d’insécurité, du « mal vivre ».
    • Les tensions sociales s’accroissent, exacerbant la violence sous-jacente.

    Sur le plan extérieur :

    • Force est de constater que la France a toujours été en guerre, ce n’est pas nouveau : la France est le pays européen le plus engagé dans des guerres extra-territoriales : Afrique (Mali, Centre Afrique, …), Moyen Orient (Syrie, Irak, Libye).
    • La France est en passe d’être le deuxième pays exportateur d’armes : navires de guerre, avions rafales, hélicoptères de combat, ….
    • Le pays qui dénonce, à juste titre, les exactions de certains chefs d’état, mais qui se tait, voire qui cautionne les agissements guerriers de certains autres (Cf. le conflit israélo-palestinien, …).
    • Le passé colonial de la France est toujours présent. Elle s’arroge le droit d’intervenir par la force dans son ex-empire, au prétexte des droits de l’Homme, occultant ainsi ses intérêts économiques et géostratégiques sous jacents. Il ne faut pas s’étonner d’un retour de boomerang !
    « LA SPIRALE DANS LAQUELLE NOUS ENTRAINE l’ETAT PYROMANE EST INFERNALE » a déclaréChristine DELPHY dans une réunion publique tenue le 15 janvier à Paris.

    De nombreux collectifs se sont constitués avec signatures de pétitions « Ni guerres, ni état de guerre », « Non à la guerre, non à l’état d’urgence ».

    La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme mène ce même combat. Elle dénonce et refuse : l’état d’urgence, le projet de loi contre le crime organisé, les atteintes répétées faites jour après jour aux libertés fondamentales, les déclarations de guerre dans un pays qui réclame la PAIX.

     
  • Communiqué

    En refusant la loi El Khomri, de quoi parle-t-on ? Du droit des gens, de tous les gens du pays ? ou d'autre chose ? 1) Tout d'abord, il est évident que la fameuse « réforme du droit du travail » est injuste et méprisante pour les gens qui passent leur vie à travailler, souvent durement. Elle ne vise qu'à précariser et à mettre les ouvriers et les employés dans la main des patrons et des petits chefs. Cette loi organise et justifie l’abandon de droits importants et la casse des conditions de travail nécessaires à une vie correcte. 2) On ne peut pas parler des droits aujourd'hui sans préciser si c'est des droits pour tous les habitants dont on parle, ou non. La question du droit des gens est une question complexe. Peut-on parler de « droits » si cela ne s'applique pas à tous ? Si on limite les droits à certains, alors obligatoirement ces droits disparaissent petit à petit pour le plus grand nombre et c'est bien ce qui se passe en France depuis plusieurs années. Ils finissent par constituer un « statut », des avantages consentis envers ceux qui sont reconnus comme méritants par l'entreprise ou l'administration. C'est ce piège qu'il faut éviter actuellement : la séparation des gens voulus par les gouvernements successifs permet de faire disparaître le droit du travail s’appliquant à tous, de le présenter comme ringard et inadapté, au profit de statuts négociables pour les différents groupes de salariés. Si on mène bataille pour le droit des gens, alors il faut inclure les réfugiés (les Roms en font partie), les précaires, les plus pauvres du pays, les ouvriers étrangers et leurs familles sous conditions et surveillés, les habitants des banlieues, etc... tous ceux qui vivent aujourd’hui en France et qui, de fait, sont déjà exclus du droit du travail. Comment faire en sorte que ce point soit clairement énoncé ? Comment en faire une affaire de principe et non d'opinion ? 3) Contre la réforme du code du travail, prendre la mesure de ce à quoi nous sommes confrontés. Nous vivons une séquence où la guerre est redevenue une proposition politique en Europe, la France en étant malheureusement à l'avant-garde de par ses guerres multiples à l'extérieur, et sa politique de tensions menée à l'extrême contre des pans entiers de la population à l'intérieur. Se battre aujourd'hui contre la loi sans inclure cette dimension, c'est suivre le même chemin qu'en 1936 en France où le mouvement social a occulté l’actualité guerrière et agressive de l’époque, laissant les gens désarmés et impuissants devant l’Europe fasciste et nazie (et dire cela ne remet pas en cause les avancées significatives gagnées en 36 pour le droit des ouvriers et de tous). Mettre en avant les droits pour tous, c'est permettre que chacun soit pris en compte, c’est travailler à une situation apaisée; cela crée les conditions pour faire face à l'Etat, ses guerres, ses réformes agressives contre les gens du pays. …/...

    RENCONTRE LE JEUDI 14 Avril, 18h30 

    Comment faire une puissance des gens sur ce principe des droits pour tous, par où cela peut passer ? • Dire « on lutte », « on se rassemble », « on converge... » : aujourd’hui, cela ne fait pas puissance mais impuissance. On essaie de vieilles recettes dans une situation nouvelle. Il ne faut pas perdre de vue que les objectifs des gouvernements ne sont plus « le bien public » et « l'intérêt général », mais qu'ils fondent toute leur politique sur le sécuritaire, l'immigration, la religion, la guerre. Il s'agit donc aujourd’hui de réfléchir et de tenter d'autres constructions possibles entre les gens du pays. Des tentatives existent, nous pourrons en parler. • Se pose la question de la solidarité, et cela de façon nouvelle : non pas dans la version étriquée « l'union fait la force » qui n'est le regroupement des intérêts de certains sur la base de ce qu'on veut pas, mais de la solidarité comme entente possible et affirmée entre des gens différents, réunis sur des principes qui prennent tout le monde en compte. • Partir de la conviction que mener à bien cela, c'est notre affaire, c'est l'affaire de tous ceux qui le décident. Faire des droits pour tous une affaire de principes, c'est poser des jalons pour que la bataille existe, situation par situation, même si la loi est votée. Nous vous proposons d’en débattre ensemble,

     

    jeudi 14 Avril à 18h30, dans le cadre des « Rencontres pour penser l’aujourd’hui » Rue du Lieutenant Colonel Pelissier, Métro Capitole, Toulouse Espace DURANTI, salle au 3° étage Toulouse, le 27/03/2016 Site : www.ouvriersgensdici.net Mail : ouvriersgensdici@free.fr Tél : 06-13-06-94-62

     

  • Communiqué

    Depuis le 31 mars, nous, citoyens-nes, sommes installés en toute légalité sur différentes places dans nos villes. 

    NOUS LANÇONS CET APPEL POUR SOUTENIR TOUTES LES NUITS DEBOUT.

     



    Depuis le 31 mars nous, citoyens-nes, sommes installés-ées en toute légalité sur différentes places dans nos villes.  Ces rassemblements pacifiques, ouverts et populaires visent à réinvestir l’espace public pour échanger, débattre et construire ensemble.

    Malgré les dispersions arbitraires de la police, malgré la pluie et les difficultés matérielles, malgré des tentatives d’infiltration et de récupération par des réseaux d’extrême droite, notre mouvement a réuni chaque jour et chaque nuit des milliers de citoyens-nes différents-es mais DEBOUT partout en France et des soutiens partout dans le monde.

    Une foule toujours plus nombreuse de citoyens-nes concernés-ées, engagés-ées ou tout simplement curieux-ses, des femmes et des hommes de tous âges, de tous milieux sociaux, passent sur les lieux de ces différentes nuits debout, participent aux débats et manifestent leur soutien.

    Si besoin était, cela confirme l’échec manifeste du travail permanent d’exclusion des citoyens-nes mené par les dirigeants politiques et les faiseurs médiatiques d’opinion. 

    POURQUOI CETTE PÉTITION ?

    Cette pétition ne porte pas d'autre revendication que de permettre à tous ceux et celles qui veulent participer à une #NuitDebout de pouvoir s'organiser et le faire.

    A ceux et celles qui veulent tout simplement apporter leur soutien de pouvoir le faire en deux clics.

    Cette pétition est donc un moyen de nous compter localement et globalement.  Nous vous demandons de signer et partager massivement.

     
  • Communiqué

    À Calais, l’État tombe le masque

    A Calais, la destruction de la « jungle » de Calais a brutalement commencé ce lundi 29 février au matin. Plusieurs compagnies de CRS ont investi les lieux, qui ont dévasté des cabanes encore occupées, lancé des grenades lacrymogènes et usé de canons à eau contre des réfugiés grimpés sur les toits de leurs abris. Des centaines de personnes ont été jetées dans un froid glacial sans rien d’autre que les vêtements qu’elles portent sur elles, sans savoir où aller... Faut-il s’en étonner ?

    Les pouvoirs publics ont écarté tout témoin : les soutiens des réfugiés ont été interdits d’entrée dans le périmètre de l’opération. Le ministre de l’Intérieur n’a cessé de le proclamer ces jours derniers : certes, il entendait mener à bonne fin ce qu’il appelle « la résorption » du camp de Calais ; mais il voulait le faire « de façon progressive » et « dans le respect des personnes » [voir entre autres son discours du 22 février au Mans]. Et c’est bien en se référant expressément à cet engagement de l’État à procéder à une évacuation progressive que le Tribunal administratif de Lille a validé l’arrêté d’expulsion de la jungle de Calais (25 février 2016, ordonnance n° 1601386).

    Force est de constater que le « démantèlement » qui vient de commencer n’a rien de progressif ou d’humanitaire, et qu’il ne prend pas en compte la situation des personnes : les choses se déroulent comme s’il s’agissait de punir quiconque s’obstine à vouloir se rendre en Grande-Bretagne. Rappelons qu’un quart des habitants de la jungle de Calais aurait des proches outre-Manche ; ils seraient donc parfaitement fondés à demander à les rejoindre... Mais de même que la Turquie est priée de faire le garde-frontière de l’Union européenne, la France se charge de « protéger » la Grande-Bretagne, à grand renfort de moyens policiers quasi militaires, contre les migrants que celle-ci refuse d’accueillir.

    La première a-t-elle voulu donner des gages à la seconde, en perspective du sommet franco-britannique qui aura lieu ce 3 mars ? Quant aux autres, leur méfiance face aux « solutions » alternatives qui leur ont été présentées ne peut qu’être confortée par la violence mise en œuvre pour les chasser. « Les services de l’État se mobilisent sans relâche pour permettre à tous ceux qui le veulent de pouvoir quitter la lande », déclarait vendredi la ministre du Logement.

    Aujourd’hui, les masques tombent. Nous n’aurons plus d’excuses pour ne pas voir ce qui se passe sous nos yeux. Dans un État de droit, l’État n’a pas tous les droits. La justice n’a pas délivré au gouvernement un permis de chasse contre les réfugiés. Partout, des voix se sont élevées pour exiger que s’organise l’accueil des personnes chassées de leurs pays en guerre ou dévastés. Ces voix ne vont pas se taire. Il faudra bien qu’on les entende. Rappelons-le : l’asile est un droit ; la répression des réfugiés est donc un déni de démocratie.

    Le 1er mars 2016

    Extrait du site de la L.D.H. de Toulon

  • La tention monte en Algérie et Tunisie

     

     

    L’économie algérienne est au plus bas depuis la chute du baril du pétrole. Le régime de Bouteflika, le vieux président en fauteuil roulant, ne pourra certainement pas régler les problèmes sociaux qui traînent depuis des années. Le pouvoir algérien, tout en s’étant engraissé pendant des décennies, avait pu acheter ces derniers temps, avec les revenus du pétrole, un semblant de paix sociale. Il n’est plus en état de le faire.

     

    Le chômage est de 10 % et touche plus d’un quart des jeunes. Comme dans de plus en plus de pays aujourd’hui, la vie est de plus en plus difficile. Ce qui provoque périodiquement de grandes manifestations, notamment en 2011, à cause du renchérissement du prix des denrées alimentaires.

     

    En Algérie, les manifestations finissent très souvent en émeutes, car toute manifestation est férocement réprimée par la police et l’armée, dans le silence des médias internationaux.

     

     

     

    Avez-vous entendu parler des dernières émeutes, celles qui ce sont déroulés autour du 16 janvier 2016 dans plusieurs localités de la wilaya de Batna, dans l’est algérien ? Pourtant, elles ont été violentes, une mairie a même été incendiée. Mais elles n’ont pas trouvé grand écho dans les médias européens alors qu’elles méritent tout notre soutien et notre solidarité. Dans la commune de Oued El Ma (à l’ouest de la ville de Batna) des jeunes sont sortis dans la rue pour protester contre la mal-vie. A Batna, les manifestants se sont attaqués à la prison de la ville, cherchant à libérer les prisonniers. Arrestations arbitraires, violations de domiciles et destruction de biens privés par la police s’en sont suivi.

     

    Le déclenchement de ses manifestations, selon l’information officielle algérienne, serait consécutif à une histoire de projet de station fonctionnant à l’énergie solaire. On peut en douter.

     

    Sur les vidéos qui circulent (et dans les quelles on voit des manifestants à visage découvert – c’est pourquoi je ne les fais pas, pour ma part, circuler) on peut entendre en effet « ulash smah, ulash… » un slogan souvent scandés dans toutes les manifestations en Kabylie, depuis les assassinats de manifestants en 2001, qui signifie « Pas de pardon ».

     

    Les conditions de vie en Algérie et la colère grandissante en ces périodes difficiles pourraient être des éléments pour que la révolte s’étende à travers tout le territoire. Mais le régime algérien, tout comme le régime syrien l’a fait pour affaiblir la révolte, joue le communautarisme, fait mousser les conflits intercommunautaires pour éviter une trop grande solidarité entre des gens qui ont pourtant d’importants intérêts communs. En juin 2001, de nombreux Berbères ont fait les frais de cette politique : l’accueil des habitants d’Alger n’a pas été tout à fait ce à quoi ils s’attendaient. Venus manifester en masse pour dénoncer les meurtres commis par les forces de l’ordre contre une jeunesse révolté, ils n’ont reçu que du mépris.

     

    Mais c’est aussi dans des périodes difficiles que la population peut briser bien des murs et passer le cap de l’identité, des racines, des rancunes du passé, pour faire front face aux tyrans qui leur opposent, comme ils ont toujours fait, la violence étatique et une propagande haineuse.

     

    Le recrutement massif de policiers lancé tout récemment par le gouvernement algérien est certainement une preuve des tensions existantes.

     

     

     

    Tunis, Sidi Bouzid, même combat.

     

    En Tunisie, le chômage et la précarité font sortir à nouveau dans la rue les gens qui avaient poussé le Ben-Ali vers la sortie. Cet ex-président vit dans un très grand confort, tout comme sa fille qui est bien installée aux Seychelles. Ils ne manquent de rien, contrairement aux chômeurs de Tunis, de Sidi Bouzid, qui eux ne se réjouissent pas de leurs nouvelles conditions de vie. Même s’ils ne sont pas de même ampleur que les manifestations du printemps de 2011, les mouvements actuels sont en tous cas un signe et le constat que peu importe la personnalité qui est au pouvoir, rien ne s’arrange pour ceux qui n’y sont pas. Le pouvoir qui vient d’ailleurs d’annoncer qu’il ne pourra pas faire grand-chose, « Nous n'avons pas de baguette magique pour donner de l'emploi », voila exactement ses termes. Par contre, pour la répression, il a une baguette (ou plutôt une matraque) magique : un couvre-feu à été instauré. Voilà une réponse bien rapide, tout comme l’arrivée des forces de l’ordre pour réprimer les manifestants et l’annonce officielle que les actions violentes viendraient des « mains malveillantes », veillant ainsi à faire apparaitre le spectre de l’islamisme radical, alors que la première revendication des manifestants est « Non au chômage », ce qui n’a rien à voir avec les revendications de l’Etat Islamique.

     

    Puisque les gouvernants n’ont pas de solution, c’est aux gens d’en trouver comme ils ont su le faire dans l’histoire, en Espagne (1936), ou en Argentine (2001) : occupation, expropriation, auto-organisation, reprise en main des outils de production… Ou bien créer quelque chose de nouveau où d’autres pourront prendre exemple… Dans tous les cas, beaucoup de Tunisiens surveillent de près les agissements de ceux qui sont à la tête du pays, et ont l’air prêts à remettre leurs revendications sur la table, la révolution est loin, on peut l’espérer, d’être terminée.

    Extrait de "Anarchosyndicalisme" l'organe de la CNT-AIT de Toulouse

     

  • Communiqué

    LES OUVRIERS, LA POLICE, LA PAIX. Ce texte vient après des discussions qui ont eu lieu entre des ouvriers qui travaillent sur des chantiers, mais ce qu'elles révèlent et ce qu'elles pointent concernent tout le monde, c'est pour cela que nous le faisons connaitre. Les discussions dont nous parlons ont été suscitées par un ouvrier en réponse à l'exaspération qu'ont formulée des dizaines d'autres au sujet des contrôles de police qu'ils subissent ou dont ils sont les témoins. En effet, avec l'état d'urgence, et le fait que le gouvernement dise « on est en guerre », police et gendarmerie se mettent de plus en plus souvent à certains rond-points routiers dès 6 h du matin et arrêtent les fourgons et camionnettes de chantier : ils vérifient les identités, les papiers, les contrats des ouvriers qui partent au travail... C'est devenue une habitude, c'est présenté comme normal et nécessaire. Beaucoup de ces ouvriers disent entre eux : « on n'est pas des assassins, on n'est pas en guerre, on cherche pas d'histoires : on va au travail pour gagner notre vie, c'est tout ! Qu'on nous laisse tranquilles ! ». Les discussions ont alors porté sur la nécessité de se réunir, de se rencontrer pour travailler à ce que les rapports entre les gens dans le pays soient pacifiés et que certaines personnes ne soient pas montrées du doigt, tracassées ou persécutées pour leur origine, leur religion, leur lieu d'habitation, leur travail etc... A cette proposition, la réponse immédiate a été : « c'est l'Etat qui décide et il n'écoute rien » et aussi : « de tout façon, l'Etat fait sans nous, il ne prend en compte rien de ce que nous vivons ». Raisonner ainsi amène à ne rien faire, et c'est comme si on était dans une prison : on tourne en rond, on rumine, on subit, on va au travail en étant surveillés et contrôlés par la police... et on continue à tourner en rond et à s'énerver contre l'humiliation que ça fait vivre. • C'est vrai que c'est l'Etat qui décide de mettre la police aux ronds-points, et ainsi désigne les ouvriers comme des dangers et des ennemis possibles ( peut-être parce que beaucoup sur les chantiers sont « basanés » ? ). Voilà ce que décide l'Etat, et sa décision n'est pas bonne. Mais nous qu'est-ce qu'on peut décider ? Où est la nôtre, de décision ? Il y a des choses qui peuvent très bien se faire, qui sont possibles : par exemple ce texte que vous lisez, que nous avons fait pour dire à tous ce qu'on pense de ces contrôles injustifiés. On peut très bien décider aussi, si ces contrôles perdurent et se généralisent, d'être présents, d'appeler ceux qui veulent à être présents aux rond-points pour montrer qu'il n'est pas normal de tracasser des ouvriers à 6h du matin ! De telles choses peuvent se discuter, s'organiser. Et en faisant cette proposition, on commence déjà à sortir de la prison où la politique du gouvernement veut nous mettre et où on se met soi-même. • C'est vrai aussi que l'Etat fait sans les gens, et contre les gens et qu'il n'écoute rien ! Cela, aujourd'hui tout le monde le sait, c'est devenu une évidence. Mais nous qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on essaie de mettre en place, entre tous ceux qui ont des choses à se dire, à partager, pour gagner le respect et le droit des gens, et imposer la paix ? Indépendamment du mépris et de l'indifférence de l'Etat à notre encontre, on peut très bien se rencontrer, se réunir pour ouvrir à des choses possibles pour transformer la situation. Nous avons décidé de soumettre ces quelques points au débat public. Ce n'est qu'en pratiquant ainsi : en disant ce qu'on pense et ce qu'on veut, qu'on peut avancer aujourd'hui. C'est un appel à se mettre au travail sur des questions aussi importantes. Il ne suffit pas de dire : « l'état d'urgence c'est dangereux » et « l'Etat ne nous écoute pas ». IL FAUT AUSSI DIRE CE QU'ON A À DIRE, FAIRE CE QU'ON PEUT FAIRE. « Ceux qui veulent le pays pour tous » Mail : ouvriersgensdici@free.fr ; Site : www.ouvriersgensdici.net ; Tél : 06-13-06-94-62 Toulouse, le 30/01/2016

  • Communiqué

    Après une saison printemps-été 2015 riche en succès, la compagnie Le Non-sens du Poil reconduit son spectacle Cornemuse et vous propose de venir découvrir, ou redécouvrir, cette comédie musicale burlesque lors de la restitution de résidence au théâtre des Cabannes.

    Ce sera l’occasion d’accueillir une nouvelle comédienne/chanteuse et un nouveau musicien.

     

     

    Cornemuse

     

    au Théâtre Le Colombier de Les Cabannes (81)

    le 5 février 2016 à 20h30

     

    Réservation conseillée au 07 83 26 33 11

     

     

  • Communiqué

    Le mot « musulman » ne convient pas pour parler des assassins du 13 novembre, ni pour ceux de Janvier à Paris, ni pour désigner les militants de DAECH. Que ces gens-là agissent sous le prétexte de la religion ne doit pas masquer leur réalité : ce sont des assassins de masse, porteurs de politiques criminelles, point. Rien ne justifie de faire porter leurs actes à d’autres gens qu’eux-mêmes.

    Le mot « musulman » ne convient pas pour désigner les commanditaires de ces meurtres : le projet des dirigeants de DAECH est ouvertement un projet politique : occuper un territoire, y créer un état, rallier des citoyens. En se présentant comme l’état de tous les musulmans du monde, et en les invitant à le rejoindre, DAECH imite l’état d’Israel, qui se présente comme l’état de tous les juifs du monde. La conséquence d’une telle politique, c’est la création, dans tous les pays, de catégories nouvelles d’habitants, sur la base religieuse : on parle maintenant des « Juifs de France », des « Musulmans de France » et non plus des français juifs ou des français musulmans. Dans cette façon de parler, on fait passer la religion avant la nationalité, on fait comme si la religion de la personne était la base de son appartenance au pays. C’est très grave. En parlant ainsi, on cautionne la logique identitaire chère aux politiques de guerre, on justifie le « nous » et « eux ». Il faut aussi casser la propagande, rappeler le réel : les dirigeants de l’auto-proclamé « état islamique », (qui sont aussi les plus grands assassins de musulmans au monde aujourd’hui), n’ont aucune solution à la ségrégation subie par les jeunes et les habitants des quartiers populaires. Au contraire, par leurs attentats, leurs crimes de masse commis au nom de l’ensemble des musulmans, ils cherchent à isoler définitivement la population musulmane du pays, à les couper du reste de la population : ils en font des ennemis intérieurs, dont il faut se méfier, avec qui il serait impossible de vivre. De ce point de vue-là, l’état français est d’accord avec DAECH pour faire des « musulmans » des étrangers au pays, des « double-nationaux. » La volonté du gouvernement de faire passer la déchéance de nationalité pour les présumés terroristes nés en France est significative : pour eux, des français de naissance s’ils sont musulmans, sont des français sous-condition.

    Pour les musulmans eux-mêmes, face à cette méfiance généralisée, il y a la tentation du repli identitaire, de l’entre-soi communautaire, qui renforce le processus. C’est ce processus-là qu’il faut casser !

    En vérité, « musulman », c’est la nouvelle façon qu’ont trouvée les politiques et les média pour désigner les habitants des quartiers populaires arabes et noirs et les présenter comme des gens dangereux, à surveiller et encadrer, des ennemis intérieurs, des « faux » français. Le mot « musulman » employé comme un mot politique permet au gouvernement de développer une politique terrible contre une grande partie des habitants du pays : en proposant que l’état d’urgence soit inscrit dans la constitution, il se construit petit à petit comme un état en guerre permanente contre son propre peuple. On en est même à envisager d’enfermer des gens à titre préventif ! Dans cette logique, la tâche principale de l’état, ce n’est plus d’assurer un minimum de bien-être à l’ensemble de la population, en traitant les problèmes du chômage, de la misère, des inégalités, etc... mais seulement d’éviter les actes terroristes. En cela, on peut dire que Daech est une bonne aubaine pour l’état français : il lui permet d’asseoir son pouvoir contre les gens, de justifer sa politique de guerre intérieure contre les jeunes et les habitants des quartiers populaires.

    Le mot « musulmans » employé par les partis et le gouvernement est un mot pour une politique de guerre, surtout quand ils y ajoutent jeunes et « djihad ». Mot qui justifie la guerre à l’intérieur et à l’extérieur. Pour nous, c’est un mot qu’on ne connait pas dans le champ de la politique : la croyance religieuse, si nous en avons une, nous la vivons pour nous mêmes.

    La question aujourdh’ui n’est pas de défendre une religion, mais de défendre les gens, de défendre une idée de la France comme pays de tous ceux qui l’habitent, sans distinction d’origine, de religion, de statut, un pays où tous les habitants sont comptés, respéctés et ont les mêmes droits.

    Cela passe aussi par faire attention aux mots qu’on emploie, par refuser les mots de l’état, et inventer nos propres mots pour nous désigner et désigner les autres.

    Extrait du site « Ceux qui veulent le pays pour tous » de Toulouse Janvier 2016

     

  • Le voyage de Rémi...

    Compte-rendu de Monsieur Rémi Serres, Voyage à Tizi-Ouzou en compagnie de Monsieur Mohamed Khandriche

    Du 13 au 17 novembre 2015

     

     

    Le 12 novembre

    Je pars d'Istricou via Marseille et arrive vers 10 heures du soir à la Gare Saint-Charles de Marseille où m’attend Mohamed. C'est chez lui que je passerai la nuit.

     

    Le 13 novembre

    Après le petit déjeuner pris chez Mohamed nous voilà partis vers le bureau de Touiza Solidarité où nous y rejoint Michelle Pradel. Elle s'occupe des projets de la 4ACG avec Mohamed, il y a beaucoup d'échanges. Touiza Solidarité est soutenu par 4ACG dans la réalisation d'un projet de développement solidaire. C'est dans ce cadre que nous partons en Algérie. Michelle nous emmène à l'aéroport.

    Après une heure de vol nous voilà à Alger. Un ami de Mohamed nous attend à l'aéroport. Il nous prête sa voiture, direction Tizi Ouzou. Pas facile pour sortir d'Alger, ça bouchonne ! Mais M. Khandriche connaît les petites routes.

    Il sera tard quand nous arriverons à Tizi où l’une des responsables de l'association nous attend, ainsi qu’une table bien garnie (couscous et le reste) autour de laquelle siège une grande famille. Parmi les convives, une femme de 81 ans, une ancienne moudjahida. Trés heureuse de nous raconter sa vie dans le maquis, elle nous montre des photos de ce temps-là. Avec l'aide d'un écrivain, elle a écrit un petit livre : elle nous l'offre. Elle est ravie de raconter la vie de cette époque. Je ne comprends pas tout car elle parle kabyle. Mohamed en traduit des passages. Mais la fatigue se fait sentir et nous rejoignons notre hôtel (« les 3 roses »), pour une nuit bien méritée.

     

    Le 14 novembre

    De bonne heure, nous quittons notre hôtel vers la permanence de l'association AJIE partenaire de Touiza solidarité. Une trentaine de bénéficiaires, éleveurs venus des villages, nous y attendent : beaucoup de paysans mais aussi un représentant de la chambre d'agriculture, M. Bekkani Youcef et M. Bensalem Mohamed, technicien de la DDA.

    Après quelques présentations, je raconte un peu comment l'agriculture française a évolué ces dernières 50 années.

    Nous sommes passés d'une agriculture familiale, des petites fermes où l'on produisait à peu près tout ce dont nous avions besoin pour manger et où les bœufs et chevaux étaient la seule façon de travailler la terre (traction animale) à une agriculture industrielle (traction mécanique, les petites fermes ont disparu dans leur majorité). Les campagnes se sont vidées, de 7 million de paysans en 1950 nous sommes passées à 450 000 aujourd’hui et l'exode continue.

     

    L'agriculture industrielle a fait beaucoup d’erreurs. Nos ancêtres étaient biologistes sans le savoir, alors que notre génération a causé beaucoup de dégâts : beaucoup d'engrais, de pesticides, d'insecticides, beaucoup de pollution. Le sol s'est dégradé au point que dans certaines régions céréalières, il n'y plus d'humus. La terre est devenue un simple support. Nous avons détruit les haies, les talus, pour agrandir nos champs. Ils étaient pourtant un abri pour les oiseaux et les insectes. Toutes ces bestioles maintenaient l'équilibre de la nature : ils étaient indispensables.

     

    Nous avons fait beaucoup d’erreurs, il ne faudrait pas que vous fassiez les mêmes si possible.

    Vient ensuite le tour de table. Chacun se présente et parle de ses problèmes.

    Un bénéficiaire a essayé d’élever des vaches : ça n'a pas marché. Alors, il a acheté des chèvres. Il est content de son choix et arrive à vivre de son travail.

    Rima, une bénéficiaire du projet, vient de la ville. A son mariage elle découvre la campagne. Dans un premier temps, elle a travaillé avec sa belle-mère qui avait des vaches. Après une dispute entre les deux, elle a acheté deux brebis et en plus dans deux jours la vache qu'elle a achetée doit arriver. Vous auriez dû voir la mine réjouie de cette jeune dame à l'idée qu'elle allait avoir une vache à elle. Elle possède aussi un jardin, des arbres fruitiers et des volailles.

     

    Un éleveur, Arezki, a repris avec ses deux frères la petite ferme de son grand père. Contre la volonté de ce dernier, il a taillé les oliviers en couronne. Cette taille rajeunit l'arbre et rend la cueillette plus facile. Mais convaincre son grand père n'a pas été facile. Alors en cachette il a taillé 3 arbres. Au bout d'une année, il a fait voir le résultat à son grand-père. Devant ces beaux arbres rajeunis et productifs, celui-ci a dit : « tu peux les tailler tous ».

    De plus ce jeune a élevé 3 vaches qu'il essaie de nourrir avec les produits de la ferme : feuilles d’oliviers, de figuiers, de frênes et un peu d'herbe qu'il récolte entre les arbres. C'est lui qui nous apprend comment protéger les jeunes arbres des prédateurs : chèvres, chevreuils et autres. « Tu achètes une boîte de sardine, tu l'ouvres, tu laisses pourrir, quand c'est bien avancé, tu broies et mélanges avec de l'eau et tu sulfates le jeune arbre, aucune bête n'approche ! »

    Ses deux frères, nous dit-il, sont allés travailler à la ville mais ils veulent revenir à la terre. Ensemble, ils vont aussi récolter les olives plus tôt. Ils voudraient que le délai entre la cueillette et le pressage ne dépasse pas une semaine. C'est à ce prix que l'on arrive à faire une bonne huile.

    Il y a beaucoup d'autres échanges, avec nous ou entre eux, mais là je ne comprends pas tout car par moments, la langue kabyle reprend ses droits !

     

    Nous insistons pour que chacun d'eux reste le plus indépendant possible : acheter le moins possible (foin, aliments) mais plutôt cultiver sur leurs petites parcelles : du maïs fourrage de sorgho, de trèfle, de la luzerne, qui sont des plantes plus productives que l'herbe non cultivée. Un carré de maïs fourrage ou de sorgho peut nourrir 2 vaches pendant 2 mois. Si en plus on peut avoir un carré de luzerne, ou de trèfle, on a là de la nourriture pour les 3/4 de l'année.

    Jeudi 15 novembre

     

    Ce matin, nous irons voir les paysans chez eux. Mme Ibrahim, chef de projet, nous accompagne. Nous arrivons chez M’Hand et là : une étable au milieu des HLM ! Et oui Tizi s'agrandit ; tous les jours la ville avale de nouvelles terres agricoles, mais parfois quelques carrés résistent encore. Elle nous reçoit, elle travaille avec ses parents et son frère.

    Les parents ont une paire de bœufs, ils travaillent leur carré et vont aussi travailler pour leurs voisins.

    Son frère à deux vaches et elle a une vache depuis deux ans. Cette dernière lui a donné un premier veau, il a 16 mois et sera bientôt prêt pour la vente. Elle pourra ainsi rembourser son emprunt. Cette année un deuxième veau est né. Elle partage le lait de cette vache avec son veau : une moitié pour le petit et l'autre pour la vente. Tous les matins, il y a la collecte de lait qui part vers une laiterie. Il faut voir comme cette jeune fille est contente d'avoir une vache à elle ! De toute façon, nous dit-elle, on ne trouve pas d'emploi. Le travail de la terre me plait, je compte m'installer. Elle rêve d'avoir deux vaches à elle.

     

     

    En route pour le village d'à côté. Un gars nous attend, il a deux vaches, sa ferme, un peu de terrain plat, en plus arrosable, il peut faire y travailler un tracteur : il produit son foin et son grain. Nous n'en saurons pas plus.

     

     

     

    Départ vers la mairie de Tizi Rached où quelques élus nous attendent. Le maire adjoint nous reçoit. Il a vécu 10 ans à Paris, pas de problème de langue. En plus d'adjoint, il a un emploi et sa femme aussi, mais il a gardé deux vaches. Il est très préoccupé par la disparition des paysans et l'abandon des campagnes. Il se montre très attentif quand nous lui décrivons l'agriculture française, mais croit-il encore en l'agriculture de son pays ? Nous restons très interrogatifs.

     

    L'après-midi, nous allons au musée des anciens Moudjahidines et préparons la journée de demain. Nous sommes reçus par M. Ait Ahmed Ouali, Président de l’Association de la Révolution, en charge du Musée des anciens Moudjahidines de de la Wilaya de Tizi-Ouzou, le directeur du musée et des anciens Moudjahidines. Ils nous racontent l'histoire de la guerre jusqu’à nos jours. Ils nous disent combien, après la guerre de libération, ils étaient enthousiastes. Ils avaient des responsabilités parfois un peu plus qu'ils n'en auraient voulu. Par exemple l'un d'eux s'est retrouvé sous-préfet à 21 ans. Ils voulaient honorer ce que leurs amis morts au combat auraient voulu faire. Ils travaillaient beaucoup et puis, petit à petit ils se sont fait confisquer cette envie de faire par des gens de pouvoir, imbus de leur personne.

    Mouloud, un des deux, a fait la vraie guerre. Il raconte : « C’était la nuit, au cours d'un accrochage, nous voyant plus faible que l'ennemi, plutôt que de riposter, l'on se cache. Grâce à sa lampe, un soldat français me découvre, nous étions à un mètre l'un de l'autre. Alors j'ai tiré. »

    « Et tu l'as tué ? »

    Mouloud, baisse la tête. Il ne répondra pas. 

    C'est lui qui à l'indépendance s'est vu confié la responsabilité de sous-préfet à l’âge de 21 ans. Beaucoup de pieds noirs qui occupaient des postes étaient partis vers la France. Il fallait les remplacer, et c'est ainsi que l'on se retrouve très jeune à la tête d’une wilaya.

     

    Il nous a accueillis chez lui. Dans sa maison, il y avait des photos du maquis sur tous les murs. Sa femme nous sert. Elle nous offre un café, des fruits, des gâteaux. Elle s'est même mise en devoir de nous faire des gaufres que je devine à l'odeur.

    Nous parlons, nous parlons, nous connaissons les mêmes villages, j'avais fait mes 24 mois dans le coin. Ait Saada, Ait Daoud, Michelet : 50 ans après tous ces noms nous reviennent…

     

    Un jour, me dit-il, les troupes françaises tombent dans une de nos embuscades. Il y a des morts, vite nous prenons leurs armes et leurs habits. Les habits nous servaient parce que nous n'en avions pas beaucoup mais aussi car l'aviation nous prenait pour des soldats français et ne nous bombardaient pas. Le soir nous fouillons les poches des vêtements récupérés. Dans l'une d'elle, nous découvrons une lettre venue de France. Les parents du mort disaient à leur fils : « ne tue pas mon fils, tu n'es pas en Algérie pour tuer les jeunes de ton âge» Le chef a lu la lettre à tout le groupe, un grand silence a suivi.

    Ensemble, ils décidèrent d'écrire aux parents, pour leur dire leurs regrets d'avoir été obligé de tuer leur fils.

     

    La conversation s'est poursuivie, les récits se sont succédé. Il nous parle de l'opération jumelle. Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire : en juillet, l'armée française décide de finir avec la rébellion. De Gaulle avait décidé cette stratégie. Il est venu lui-même faire le tour des postes pour mesurer la situation. Il avait décidé d'affaiblir l'armée de combat. Il voulait négocier avec l'armée des frontières qui se cachait en Tunisie ; pour quelle raison ? Pour en arriver là, on déploya des milliers de soldats dans la petite et la grande Kabylie.

    Mouloud, nous dit : « il y avait des soldats partout ». L'aviation, l'artillerie lourde et légère, tout fut déployé. Ainsi sur 12 000 maquisards, 8 000 furent tués.

    « Et toi comment tu t’en es sorti ? »

    « Le hasard et puis l'on se cachait dans les buissons à côté de la rivière, et les soldats n'ont pas pensé à ça. On mangeait des racines et même il paraît que certains buvaient leur urine pour ne pas mourir de soif. Ce fut un coup terrible porté aux maquisards. »

     

    16 novembre

     

    Direction le musée de Tizi Ouzou.

     

    Petit à petit la salle se remplit. Une cinquantaine de lycéens sont là et autant d'adultes dont une douzaine d'anciens Moudjahidines. Nous avons droit à l'hymne national algérien puis le directeur du musée nous présente. A notre tour nous présentons notre association puis nous visionnons le film « Retour d'Algérie ».

    La salle est attentive, les anciens maquisards découvrent les appelés du contingent. Le débat durera longtemps, beaucoup de questions et même de la part des lycéens. J’ai l'impression que les spectateurs découvrent une partie de leur histoire.

     

    Certains anciens n'avaient jamais revu un appelé depuis les combats. Ces appelés qui parlent dans le film ne tiennent pas les mêmes propos que les appelés des années de guerre.

     

    Et comme souvent, il y a l'après réunion. Les Moudjahidines nous entourent et continuent à poser des questions. Nous n'avons pas réponse à tout, simplement nous leur disons que nous ne pouvons pas répondre à la place des politiques.

    Par exemple, pourquoi Sarkozy a-t-il reconnu le génocide arménien et n'a pas reconnu le génocide algérien ? Bien sûr nous l'invitons à poser directement la question à Sarkozy.

     

    Ce n'est pas fini : la presse et la radio sont là, il faudra encore répondre à leurs questions. Pour terminer sur cette étape, je dirai qu'à mon avis, la venue d'un appelé en Algérie et l'existence de notre association les a beaucoup étonnés et interrogés.

    A la fin, le président du musée est venu vers nous. « Nous devrions faire quelque chose ensemble ». Et il nous propose de mettre des photos d'appelés dans leur musée ; photos avec commentaires à l'appui. Une première nous dit-il qui pourrait ouvrir une porte pour continuer à travailler avec votre association et reconnaître la souffrance ensemble du passé. »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Nous ne déjeunerons pas ce jour-là, pas le temps. Les paysans du projet de Touiza Solidarité nous attendent pour faire le bilan de nos rencontres. A nouveau une vingtaine de paysans sont là. La déléguée de la DDA est là aussi.

    Ensemble nous élaborons quelques souhaits :

    • se rencontrer plus souvent,
    • se rencontrer chez l'un d'eux plutôt que dans une salle de réunion,
    • profiter de la rencontre pour visiter l'élevage de celui ou celle qui nous reçoit, émettre des idées ou suggestions,
    • créer des groupes par types d'élevage, autrement dit créer des commissions vaches, commissions brebis, arbres fruitiers…Bien sûr la même personne pourrait faire partie de plusieurs commissions suivant leur besoin et leur intérêt.
    • constituer une caisse commune où chaque adhérent pourrait mettre une petite somme tous les mois, ce qui permet d’assurer les coups durs. Un système d’assurance interne : pas de franchise. Et pas d’assureurs qui se font de l’argent sur notre dos !
    • pourquoi pas un jardin collectif ou nous pourrons faire le gros des légumes, ce qui n'empêcherait pas d'avoir son petit jardin pour les petits légumes.
    • pourquoi pas un four à pain ou chaque semaine plusieurs personnes pourraient faire le pain et les galettes pour l'ensemble. Dans les temps anciens chaque village avait son four.

     

    Il en ressort aussi le souci de préserver l'environnement : pas d'intrants (pesticides, insecticides...), gardons la nature comme nos prédécesseurs nous l'ont laissée, gardons les arbres oliviers et figuiers, ce sont les principaux arbres de la Kabylie. Soyons inventifs, faisons des petits essais d'autres arbres : châtaigniers, par exemple.

    Restons modestes, ne mettons pas 4 vaches si nous n'avons de la place que pour 2. Les techniciens qui eux veulent faire marcher la machine économique nous pousseront dans cette voie, sachons dire non. Ce qui compte ce ne sont pas les dinars qui rentrent mais ce sont ceux qui restent.

     

    Et voilà que la Présidente de l'association AJIE nous mettra l’eau à la bouche en nous disant que dans sa famille, il va peut-être se libérer une ferme de plusieurs hectares !

    « Nous pourrions dit-elle, en faire une ferme pilote où l'on élèverait des vaches, des chèvres, des brebis, du blé. » Tout le monde se met à rêver et certains se voient déjà chef de culture ! Elle nous invite même à l'inauguration. Souhaitons que ce projet aboutisse.

     

    La réunion est terminée. En petit groupe, nous parlons de la condition de la femme en Algérie. L'une d'elle nous dit : « au 21eme siècle c'est encore la femme qui après une journée de cueillette d'olive emporte sur sa tête la récolte du jour et le mari passe devant avec sa houe sur l'épaule » et sa fille insiste : nous voyons encore cela en 2015 !

    Nous parlons des relations filles/garçons, de la vie des femmes algériennes. La soirée se termine avec des échanges de mails et de numéros de téléphone et des promesses de se revoir... On s'embrasse et on nous dit « reviens, reviens ». Ca fait chaud au cœur.

    Que restera-t-il ? L'avenir nous le dira.

          

    Le soir nous mangeons en compagnie de Si Saadi.

    Il nous dira : « vous êtes des vedettes, à la radio on ne parle que de vous ».

    Plus sérieusement il nous parlera des années 90 2000. Très dures années où il a failli plusieurs fois en être lui-même une victime.

    Il nous parlera aussi de l’Algérie actuelle.  

     

    Il est très tard quand nous nous quittons ; la nuit sera courte.

    Le lendemain debout à quatre heures, il faut rejoindre l’aéroport d’Alger avant les embouteillages.

    A l’aéroport, fouilles plus poussées, évènements obligent.

    Enfin j’embarque, Mohamed reste en Algérie.

    A Marseille notre ami Jacques  Pradel  m’attend à l’aéroport.

    Il m’emmènera à la gare Saint Charles via le Tarn.

               

    Le voyage est fini

     

    Remi 

     

     Rémi Serres est un fondateur et un animateur des 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) Il est agriculteur retraité et habite le Tarn.

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