Avertir le modérateur

Une très belle journée d'été...

Invité par des amis, j'ai assisté récemment à une rencontre régionale de l'Association des Anciens Appelés d'Algérie Contre la Guerre et leurs Amis (4ACG). Cette asso est né en 2004 de la volonté de quatre anciens soldats, qui arrivant à l'âge de la retraite ont décidé, pour se mettre en accord avec leur conscience, de refuser la modeste pension servie par l'état et de la mutualiser afin de soutenir des projets dans le pays où ce même état les avait contraint à perdre leur jeunesse et leurs illusions.

Ces hommes ont réussi à convaincre de nombreux autres anciens d'Algérie à les rejoindre dans leur démarche et leur réflexion. Aujourd'hui, presque tous octogénaires, ils cherchent, après s'être tus durant plusieurs décennies, à transmettre leur mémoire et leur expérience, leur ressenti durant le dernier conflit colonial vécu par notre pays, afin que les nouvelles générations échappent à la guerre et à ses horreurs.

Bien que depuis longtemps informé des activités de l'association et lié d'amitié avec certains de ses membres, j'assistais pour la première fois à une de ses instances, fût-elle informelle et abritée sous les chênes d'une forêt tarnaise... On a toujours quelques appréhensions à pénétrer un milieu que l'on ne connaît pas et y faire sa place n'est pas toujours facile. Ce ne fut pas le cas ce jour là, et je fus séduit de suite par le sentiment de fraternité qui y régnait. On ressent très tôt ce que ces hommes ont pu souffrir tant leur parole est profonde et sincère. Pas de travestissement, héros ou salauds on reconnaît les faits, pas de triomphalisme guerrier, pas de honte non plus, simplement l'expression de la vérité des faits et la volonté de réparer ce qui est possible de l'être. Les gens sont là avec leurs différences, leurs joie ou leur désespoir, leur foi ou leurs doutes, et ils s'acceptent. Combien dans ma vie militante j'aurai voulu connaître des moments de débat aussi apaisés où la parole est libre et où chacun s'exprime sans chercher à démolir l'autre, où l'on se respecte jeune ou ancien, homme ou femme, ouvrier où intello, pour définir un objectif commun....

La guerre moderne n'a plus rien à voir avec les conflits du 20 ème siècle. Les soldats d'aujourd'hui sont des mercenaires bien rétribués et abrités par des matériels sophistiqués. Les victimes sont essentiellement les populations civiles. Bombardées, déplacées, contraintes à l'exil, on les retrouve sur la Méditerranée, en errance en Europe ou enfermées dans nos camps de « rétention ». Les marchands d'armes et les états qui les font prospérer ne respectent plus aucuns accords de paix, seul compte le profit immédiat. Le fanatisme répond à la violence et l'escalade n'est pas prête de s'arrêter. La militarisation de notre société s'interrogeant sur le bien fondé du retour au service militaire, même sous une forme plus édulcorée, nous amène à craindre pour l'avenir de nos jeunes.

Pour ramener notre monde à la Raison, une nouvelle Résistance doit prendre corps. L'espoir vient d'une jeunesse qui, malgré les difficultés liées à une vie trépidante qui ne lui laisse que peu de répit pour réfléchir en profondeur, s'exprime de plus en plus sur les problèmes environnementaux et sur l'oppression quotidienne qu'elle subit. A l'exemple de ses peuples qui s'éveillent en prenant conscience que leur sort est exclusivement entre leurs mains, face au néofascisme et aux nationalismes, le temps n'est plus aux controverses stériles et aux problèmes d’ego . La fusion des expériences et la dynamique de nos actes peut offrir une alternative à la perte de sens, la survie de l'Humanité en dépend...

 

Henri Cazales / Radio-Asso. Montauban 12 08 19

 

Commentaires

  • Bonjour,
    Merci de votre article sue 'Une très belle journée
    A votre disposition su vous le souhaitez pour évoquer mon dernier ouvrage :" Un tortionnaire ordinaire? rencontre avec un ancien appelé de la guerre d'Algérie. Chez : "Ed. du croquant
    merci
    Cordialement Claude Juin

  • Bonjour Claude,
    Je réponds avec un peu de retard à votre commentaire dont je vous remercie.
    J'ai commis il y a quelque temps un texte sur votre livre et que je vous joins.
    Vous pouvez me joindre sur mon adresse mail, henri.cazales@orange .fr , je la consulte plus souvent que notre blog;
    Bien cordialement
    Henri Cazales

    Un tortionnaire ordinaire ?...

    Qui est réellement Jean ? Le copain joyeux et boute en train du temps des classes en Allemagne, le tortionnaire sans merci de la guerre coloniale, le paysan cossu du centre de la France ?...
    Cinquante ans après la fin de la guerre d'Algérie et sur les conseil de son maître de thèse, Claude Juin revient sur son histoire, notre histoire, pour comprendre les raisons qui ont fait d'un jeune gars bien sympa, un salaud. L'auteur retrouvera les coordonnées de Jean et s'en suivront trois rencontres durant lesquelles il essaiera de saisir le pourquoi d'une telle inhumanité et ce qu'il reste de ces périodes terribles dans la conscience de son ancien compagnon de chambrée, un homme ordinaire et sans remord qui se réfugie derrière les circonstances, la hiérarchie et l' »ambiance » du moment. Le récit de ces rencontres publié par les éditions du croquant est enrichi par l'analyse fine de la psychologue clinicienne Muriel Montagut et font de ce livre un outil indispensable pour tous ceux et celles qui s'interrogent sur l'incommensurable complexité de l'être humain, un animal décidément bien étrange...

    Henri Cazales / Radio-Asso.

    « Un tortionnaire ordinaire ?  Rencontre avec un ancien appelé de la guerre d'Algérie» de Claude Juin et Muriel Montagut, préface par Michel Wieviorka aux éditions du croquant.

Écrire un commentaire

Optionnel

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu