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Lettre à Félix...

Notre première rencontre a eut lieu au début des années 90. Je retrouvais la CNT après une dizaine d'années consacrées à la gestion d'une situation familiale difficile. J'avais rencontré les anars après 68 et mon exclusion de chez les staliniens. Ils étaient « la plupart espagnols » comme disait Léo et peut-être t'ai-je croisé pour un 19 juillet ou rue Merly, je sais que déjà très jeune tu te consacrais à « Espoir » l'organe franco-espagnol de l'organisation.

Je connaissais deux sortes d'anars, ceux comme nous, les jeunes, grandes gueules et pataugas crottés et les anciens, les « Espagnols » tirés à quatre épingles et au langage châtié. Tu ressemblais à ces derniers avec ton nœud pap, ton chapeau, et comme tu disais  ta « tenue d'abbé Pierre ». De plus tu étais médecin ! Un toubib, cette engeance inventée pour remplacer les curés et laisser perdurer le leurre de la vie éternelle ! Et pire encore, tu plaisantais, tu rigolais, tu étais gai ! En un mot, tu ne laissais pas indifférent. Je te pensais un cabot comme quelques copains artistes ou poètes, je n'avais pas encore pris la réelle mesure de ta personnalité. Au fur et à mesure de nos entrevues, de nos échanges, j'ai découvert la pertinence de tes analyses et l'élégance que tu mettais à conduire les débats. J'ai goûté au plaisir de t'entendre raconter les histoires rocambolesques de ta vie militaire. J'ai envié ta capacité de synthèse et ton talent de l'écriture. J'ai aimé chanter avec toi, (aussi faux) les classiques de la Révolution espagnole durant les soirées de camping. J'ai salué tes engagements vis à vis des victimes et des réprouvés. J'ai admiré ta finesse qui te permettais de trouver ta place dans des milieux sociaux différents, voire antagonistes, sans compromission et au bénéfice de nombreux copains.

Aujourd'hui tu es parti. Tu nous laisses désemparés face à une situation qui ne s'annonce pas des plus brillantes et dans laquelle ta joie de vivre et ta rationalité vont nous manquer.

Soyons fous. Je veux rêver que dans ton agonie tu as entrevu des territoires libérés que nous, pauvres vivants ignorons et que, confortablement installé, sans tabac ni alcool bien sur, mais largement pourvu en café, tu distribues les tours de parole et tente, non sans mal, de réguler les échanges entre les compagnons déjà partis, mais toujours, au-delà même de la mort, aussi incommensurablement indisciplinés.

Je veux imaginer que tout n'est pas fini et qu'un strapontin m'attend au paradis libertaire pour entendre à nouveau rire Félix...

 

Henri

 

4 mars 2017

 

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