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12/09/2016

La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie...

 

 

Le travail de l'historien ne se limite pas à écouter et transcrire les souvenirs des acteurs ou des témoins d'événements antérieurs, il doit avant tout piocher dans une quantité impressionnante d'archives, puisqu'il doit approcher au plus près de la vérité. Ce travail peut s'avérer souvent harassant, surtout si on se heurte au secret d'état, à la grande muette, au tabou de la guerre d'Algérie... Dans sa thèse rééditée aujourd'hui par les éditions Gallimard, Raphaëlle Branche décrit les difficultés qu'elle a connu pour accéder aux documents et témoignages nécessaires à l'écriture d'un livre le plus documenté et le plus objectif possible sur cette période peu glorieuse et toujours douloureuse de notre histoire récente.

La pratique de la torture par les militaires français fut connue dès le début du conflit par des écrits qui, bien que censurés, ont circulé dans les sphères politiques et intellectuelles du pays. L'État, pourtant garant de la loi, n'a pas su (ou dans certains cas voulu) voir l'armée outrepasser ses droits et se livrer à des pratiques guestapistes dont pourtant certains de ses cadres furent quelques années auparavant victimes. La tentative de justification par la nécessité du maintien de l'ordre et de l'obtention de renseignements n'a jamais pu justifier la barbarie sadique appliquée par les sinistres DOP et autres officines spécialisées dans la démolition physique et psychique des individus, hommes, femmes, enfants traités avec une rare inhumanité.

De retour dans leurs foyers, les soldats, notamment les appelés, se sont longtemps terrés dans un mutisme douloureux, considérant qu'ils n'étaient que les exécutants d'ordres venant de la hiérarchie et auxquels il était impossible de s'opposer. Pourtant certains, comme le déserteur Noël Favrelière et à l'exemple du général de Bollardière, refusèrent de cautionner un système aussi dégradant pour la fonction militaire. Internements arbitraires, déplacements de population, incendies de mechtas, tourments psychologiques, « gégène », baignoires, viols, représentent des violences intolérables et des crimes de guerre. Tout ce panel destructeur s'avéra pourtant inutile, puisque le peuple algérien accéda néanmoins à son indépendance. Mais combien de vies détruites d'un côté comme de l'autre, combien de souffrances, de haines persistantes, et ce ne n'est pas l'amnistie/amnésie voulu par les pouvoir successifs qui atténuera les douleurs. Seule l'éclosion de la vérité, la parole libérée, la volonté de réparation comme celle pratiquée par l'Association des Anciens Appelés d'Algérie Contre la Guerre (4ACG),ou autres groupes progressistes pourront cicatriser nos plaies...

 

Henri Cazales / Radio-Asso.

 

« La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie 1954-1962 » de Raphaëlle Branche aux éditions Gallimard collection folio histoire.

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