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23/07/2016

Paroles d'avant l'oubli...

 

 

Comme le monde est petit. Alors que je venais d'apprendre la sortie en librairie d'un livre de témoignages sur l'exil des républicains espagnols, et que je m'empressais de le quémander auprès de son éditeur, les éditions Parole, je découvre que son auteure, Emma Sanz-Delzars est la fille de Manuel Sanz, un militant anarcho-syndicaliste de la CNT que j'avais croisé et apprécié parmi la nombreuse colonie espagnole qui s'était laborieusement et souvent misérablement installée dans notre cité. Hélas, ce n'est pas d'aujourd'hui que les prétendues traditions d'accueil du tout aussi prétendu pays des Droits de l'Homme ont du mal à s'appliquer dans la vie quotidienne de notre société...

Ce livre en est une parfaite illustration. L'auteure, née à Montauban en 1938, s'incarne dans sa mère et s'empare des souvenirs de cette dernière pour retracer au plus près de la vérité historique ce que fut la souffrance tant physique que psychologique de ces vaincus qui n'ont pourtant jamais déposé leurs armes.

Pour comprendre ce que demeura malgré tout leur foi dans un avenir meilleur, il faut avoir partagé avec eux ces moments d'exaltation les 19 juillet (jour anniversaire du soulèvement populaire contre le coup d'état de Franco) au Palais des Sports de Toulouse, une salle bondée, la place Dupuy débordant de cars arrivés de toute le sud du pays, des clandestins venus d'Espagne et ovationnés, les discours enflammés de Fédérica Montsény, la qualité de l'expression artistique des Jeunes Libertaires, la profondeur des conférences d'Aristide Lapeyre, le bain de fraternité qui les unissait ces jours là, leur joie et leur dignité. J'ai eu l'honneur de partager ces moment avec eux.

Si Mai 68 me fit découvrir l'anarchisme sous un jour bien différent de ce que l'école, ou les staliniens que j'avais fréquenté antérieurement, m'avaient présenté, j'ai appris avec nos « companeros » les collectivités agricoles qui avaient aboli la propriété et l'argent et où pourtant les gens vivaient heureux, libres et responsables, les colonnes de miliciens qui élisaient leurs chefs et pouvaient les révoquer, les ouvriers s'emparant des usines, le véritable communisme, l'égalité des sexes, l'athéisme et le rationnel, le plaisir d'apprendre dans les livres qu'ils nous offraient, la convivialité quand, pour fêter la mort du dictateur, ils transgressaient leur proverbiale abstinence pour nous offrir le champagne...

Ils nous ont donné leur amitié et leur savoir, nous avons dragué leurs filles et partagé leur intimité, nous les avons accompagné dans leurs luttes ici et outre Pyrénées, trop souvent aussi jusqu'à leur tombe loin de leur terre natale, mais qu'importe, la Terre est à tout le monde. L'Universaliste ne se connait pas de patrie.

Alors que des nuages menaçants se profilent à l'horizon, que les idées fascistes qu'ils n'ont eu de cesse de combattre toute leur vie se banalisent parmi nos concitoyens, que l'irrationnel sert de plus en plus de repère à des populations en perdition intellectuelle, qui sait si un jour une « retirada » inversée ne nous sera pas imposée par l'histoire ? Souhaitons seulement qu'alors l'accueil qui nous serait réservé soit plus chaleureux et humain que celui que nous avons accordé aux réfugiés d'hier et encore à ceux d'aujourd'hui...

 

Henri Cazales / Radio-Asso.

 

« Paroles d'avant l'oubli » de Emma Sanz-Delzars aux éditions Parole.

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