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15/02/2016

Un (mé) conte oranais...

Un (mé) conte oranais...

 

En ces premières années bien agitées du 21 ème siècle, Fatiha employée au service de l'administration militaire algérienne est victime de la violence terroriste. Pour la mettre à l'abri elle se voit offert un aller simple vers la France. Face à la bureaucratie franchouiarde toujours en retard d'une guerre, elle est contrainte de traverser les Pyrénées pour soigner une blessure par balle qui l' handicapera jusqu'à la fin de ses jours. Après un retour au pays de Voltaire et près de dix ans de combat administratif acharné elle reçoit presque coup sur coup un titre de séjour pérenne et sa réintégration dans la nationalité française. Mais Fatiha reste viscéralement attachée à son pays d' origine où vit encore sa mère. Elle y avait acquit avant de partir un modeste logement dans le quartier des Falaises à l'est d'Oran. Elle en prit possession mais aucun titre ne lui fut attribué, la délivrance des actes étant remise aux calendes algériennes. La possibilité d'expansion urbaine et la proximité de la mer donnèrent des idées aux spéculateurs qui décidèrent de faire de ce quartier autrefois populaire la nouvelle côte d'azur algérienne. L'appartement de Fatiha a pris une valeur considérable et fait des envieux, notamment parmi ceux qui avait reçu ces logements à titre préférentiels et qui s'étaient empressés de les revendre et voient aujourd'hui le résultat déplorable de leur cupidité précipitée. Des transactions eurent lieu, un compromis fut trouvé mais la plus-value négociée s'avérant soudain insuffisante, les ex proprios, s'appuyant sur des fonctionnaires de justice toujours prêts à rendre service, décidèrent de jeter Fatiha et sa mère (qui occupait l'appartement en permanence), à la rue... Malgré un combat procédural démentiel et la solidarité sans faille de son réseau et devant la menace d'une expulsion musclée, elles durent se résigner à être hébergées par des amis. Puis Fatiha dut renter en France, avec l'impossibilité morale pour elle d'abandonner sa mère âgée de 87 ans, pour qui elle s'éreinte aujourd'hui à obtenir un titre de séjour. Les voilà donc à nouveau confrontés à l'administration, française celle-ci. Un air de déjà vu, une nouvelle galère dont elles se seraient bien passées.

Pour notre génération qui est est née à la conscience politique par la lutte anticolonialiste, qui a soutenu farouchement la volonté d'indépendance du peuple algérien, qui a été à ses côtés et y demeure face au monstre fanatique et sanglant toujours actif, nous ne pouvons que souffrir devant tant d'injustice et de volonté suicidaire, car c'est réellement à un suicide collectif que nous assistons impuissants. Nous n'avons aucune leçon de morale à donner à nos sœurs et a nos frères d'outre-Méditerranée, cette administration corrompue, cet état déliquescent, cette rente pétrolière finissante, cette jeunesse désespérée, nous en portons notre part de responsabilité et c'est certainement ce qui nous attend à nous demain. Si les peuples ne se soulèvent pas, le sable aride du désert recouvrira à jamais de sang des martyrs et rendra cette terre définitivement stérile. J'ai mal à l'Algérie.

 

Riton

 

 

 

 

 

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