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  • L'agent Jacques Duclos...

     

     

     

    J'étais petit, lui aussi d'ailleurs, lorsque que Jacques Duclos, ponte du PCF, vint porter la bonne parole dans notre ville. Si petit que le camarade menuisier dut improviser de toute urgence une estrade, histoire de lui permettre d'atteindre le haut du pupitre d'où il put de sa voix rocailleuse de stentor pyrénéen éructer contre nos ennemis de classe, la droite gaulliste bien sûr mais aussi les socio-traites et surtout les radicaux cassoulets, tous ces gougnafiers qui deviendraient sous peu nos alliés objectifs... Nous, jeunes communistes inféodés et braillards, faisions la claque, une de nos attributions militantes préférées avec le collage d'affiches et la vente de l'Huma-dimanche à la sortie des églises... Nos humbles missions ne nous permettaient bien sûr aucun accès au sein des seins et les infos auxquelles nous avions droit transitaient par la presse partisane, de toute façon, qui critiquait le parti ne pouvait être que vil facho ou suppôt de l'Amérique...

    Il a fallu mon exclusion pour « déviationnisme pro-chinois », le mois de Mai 68 et ma rencontre avec le mouvement libertaire pour que je réalise à quel point nous avions été manipulés. La prise de conscience fut longue et douloureuse lorsque nous apprenions chaque jour un peu plus les compromissions, les acceptations coupables, les trahisons à l'idéal ouvrier. Aujourd'hui encore on découvre, -et en ce sens le livre fort documenté de Frédéric Charpier publié au Seuil, contribue à éclaircir le mystérieux fonctionnement du parti au 70000 fusillés, dont nombre d'entre eux furent des sacrifiés-, l'ampleur de l'escroquerie. Nous ne savions rien du fonctionnement occulte de l'appareil, comme ne savent rien aujourd'hui les égaré(e)s qui s'abandonnent aux nouvelles officines populistes. Si seulement l'Histoire pouvait éviter au prolétaires de sombrer dans les mêmes pièges, nous nous sentirions moins coupables de notre aveuglement sectaire...

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

    « L'agent Jacques Duclos / Histoire de l'appareil secret du P.C.F. 1920-1975» de Frédéric Charpier aux éditions du Seuil.

     

  • Le voyage de Rémi...

    Compte-rendu de Monsieur Rémi Serres, Voyage à Tizi-Ouzou en compagnie de Monsieur Mohamed Khandriche

    Du 13 au 17 novembre 2015

     

     

    Le 12 novembre

    Je pars d'Istricou via Marseille et arrive vers 10 heures du soir à la Gare Saint-Charles de Marseille où m’attend Mohamed. C'est chez lui que je passerai la nuit.

     

    Le 13 novembre

    Après le petit déjeuner pris chez Mohamed nous voilà partis vers le bureau de Touiza Solidarité où nous y rejoint Michelle Pradel. Elle s'occupe des projets de la 4ACG avec Mohamed, il y a beaucoup d'échanges. Touiza Solidarité est soutenu par 4ACG dans la réalisation d'un projet de développement solidaire. C'est dans ce cadre que nous partons en Algérie. Michelle nous emmène à l'aéroport.

    Après une heure de vol nous voilà à Alger. Un ami de Mohamed nous attend à l'aéroport. Il nous prête sa voiture, direction Tizi Ouzou. Pas facile pour sortir d'Alger, ça bouchonne ! Mais M. Khandriche connaît les petites routes.

    Il sera tard quand nous arriverons à Tizi où l’une des responsables de l'association nous attend, ainsi qu’une table bien garnie (couscous et le reste) autour de laquelle siège une grande famille. Parmi les convives, une femme de 81 ans, une ancienne moudjahida. Trés heureuse de nous raconter sa vie dans le maquis, elle nous montre des photos de ce temps-là. Avec l'aide d'un écrivain, elle a écrit un petit livre : elle nous l'offre. Elle est ravie de raconter la vie de cette époque. Je ne comprends pas tout car elle parle kabyle. Mohamed en traduit des passages. Mais la fatigue se fait sentir et nous rejoignons notre hôtel (« les 3 roses »), pour une nuit bien méritée.

     

    Le 14 novembre

    De bonne heure, nous quittons notre hôtel vers la permanence de l'association AJIE partenaire de Touiza solidarité. Une trentaine de bénéficiaires, éleveurs venus des villages, nous y attendent : beaucoup de paysans mais aussi un représentant de la chambre d'agriculture, M. Bekkani Youcef et M. Bensalem Mohamed, technicien de la DDA.

    Après quelques présentations, je raconte un peu comment l'agriculture française a évolué ces dernières 50 années.

    Nous sommes passés d'une agriculture familiale, des petites fermes où l'on produisait à peu près tout ce dont nous avions besoin pour manger et où les bœufs et chevaux étaient la seule façon de travailler la terre (traction animale) à une agriculture industrielle (traction mécanique, les petites fermes ont disparu dans leur majorité). Les campagnes se sont vidées, de 7 million de paysans en 1950 nous sommes passées à 450 000 aujourd’hui et l'exode continue.

     

    L'agriculture industrielle a fait beaucoup d’erreurs. Nos ancêtres étaient biologistes sans le savoir, alors que notre génération a causé beaucoup de dégâts : beaucoup d'engrais, de pesticides, d'insecticides, beaucoup de pollution. Le sol s'est dégradé au point que dans certaines régions céréalières, il n'y plus d'humus. La terre est devenue un simple support. Nous avons détruit les haies, les talus, pour agrandir nos champs. Ils étaient pourtant un abri pour les oiseaux et les insectes. Toutes ces bestioles maintenaient l'équilibre de la nature : ils étaient indispensables.

     

    Nous avons fait beaucoup d’erreurs, il ne faudrait pas que vous fassiez les mêmes si possible.

    Vient ensuite le tour de table. Chacun se présente et parle de ses problèmes.

    Un bénéficiaire a essayé d’élever des vaches : ça n'a pas marché. Alors, il a acheté des chèvres. Il est content de son choix et arrive à vivre de son travail.

    Rima, une bénéficiaire du projet, vient de la ville. A son mariage elle découvre la campagne. Dans un premier temps, elle a travaillé avec sa belle-mère qui avait des vaches. Après une dispute entre les deux, elle a acheté deux brebis et en plus dans deux jours la vache qu'elle a achetée doit arriver. Vous auriez dû voir la mine réjouie de cette jeune dame à l'idée qu'elle allait avoir une vache à elle. Elle possède aussi un jardin, des arbres fruitiers et des volailles.

     

    Un éleveur, Arezki, a repris avec ses deux frères la petite ferme de son grand père. Contre la volonté de ce dernier, il a taillé les oliviers en couronne. Cette taille rajeunit l'arbre et rend la cueillette plus facile. Mais convaincre son grand père n'a pas été facile. Alors en cachette il a taillé 3 arbres. Au bout d'une année, il a fait voir le résultat à son grand-père. Devant ces beaux arbres rajeunis et productifs, celui-ci a dit : « tu peux les tailler tous ».

    De plus ce jeune a élevé 3 vaches qu'il essaie de nourrir avec les produits de la ferme : feuilles d’oliviers, de figuiers, de frênes et un peu d'herbe qu'il récolte entre les arbres. C'est lui qui nous apprend comment protéger les jeunes arbres des prédateurs : chèvres, chevreuils et autres. « Tu achètes une boîte de sardine, tu l'ouvres, tu laisses pourrir, quand c'est bien avancé, tu broies et mélanges avec de l'eau et tu sulfates le jeune arbre, aucune bête n'approche ! »

    Ses deux frères, nous dit-il, sont allés travailler à la ville mais ils veulent revenir à la terre. Ensemble, ils vont aussi récolter les olives plus tôt. Ils voudraient que le délai entre la cueillette et le pressage ne dépasse pas une semaine. C'est à ce prix que l'on arrive à faire une bonne huile.

    Il y a beaucoup d'autres échanges, avec nous ou entre eux, mais là je ne comprends pas tout car par moments, la langue kabyle reprend ses droits !

     

    Nous insistons pour que chacun d'eux reste le plus indépendant possible : acheter le moins possible (foin, aliments) mais plutôt cultiver sur leurs petites parcelles : du maïs fourrage de sorgho, de trèfle, de la luzerne, qui sont des plantes plus productives que l'herbe non cultivée. Un carré de maïs fourrage ou de sorgho peut nourrir 2 vaches pendant 2 mois. Si en plus on peut avoir un carré de luzerne, ou de trèfle, on a là de la nourriture pour les 3/4 de l'année.

    Jeudi 15 novembre

     

    Ce matin, nous irons voir les paysans chez eux. Mme Ibrahim, chef de projet, nous accompagne. Nous arrivons chez M’Hand et là : une étable au milieu des HLM ! Et oui Tizi s'agrandit ; tous les jours la ville avale de nouvelles terres agricoles, mais parfois quelques carrés résistent encore. Elle nous reçoit, elle travaille avec ses parents et son frère.

    Les parents ont une paire de bœufs, ils travaillent leur carré et vont aussi travailler pour leurs voisins.

    Son frère à deux vaches et elle a une vache depuis deux ans. Cette dernière lui a donné un premier veau, il a 16 mois et sera bientôt prêt pour la vente. Elle pourra ainsi rembourser son emprunt. Cette année un deuxième veau est né. Elle partage le lait de cette vache avec son veau : une moitié pour le petit et l'autre pour la vente. Tous les matins, il y a la collecte de lait qui part vers une laiterie. Il faut voir comme cette jeune fille est contente d'avoir une vache à elle ! De toute façon, nous dit-elle, on ne trouve pas d'emploi. Le travail de la terre me plait, je compte m'installer. Elle rêve d'avoir deux vaches à elle.

     

     

    En route pour le village d'à côté. Un gars nous attend, il a deux vaches, sa ferme, un peu de terrain plat, en plus arrosable, il peut faire y travailler un tracteur : il produit son foin et son grain. Nous n'en saurons pas plus.

     

     

     

    Départ vers la mairie de Tizi Rached où quelques élus nous attendent. Le maire adjoint nous reçoit. Il a vécu 10 ans à Paris, pas de problème de langue. En plus d'adjoint, il a un emploi et sa femme aussi, mais il a gardé deux vaches. Il est très préoccupé par la disparition des paysans et l'abandon des campagnes. Il se montre très attentif quand nous lui décrivons l'agriculture française, mais croit-il encore en l'agriculture de son pays ? Nous restons très interrogatifs.

     

    L'après-midi, nous allons au musée des anciens Moudjahidines et préparons la journée de demain. Nous sommes reçus par M. Ait Ahmed Ouali, Président de l’Association de la Révolution, en charge du Musée des anciens Moudjahidines de de la Wilaya de Tizi-Ouzou, le directeur du musée et des anciens Moudjahidines. Ils nous racontent l'histoire de la guerre jusqu’à nos jours. Ils nous disent combien, après la guerre de libération, ils étaient enthousiastes. Ils avaient des responsabilités parfois un peu plus qu'ils n'en auraient voulu. Par exemple l'un d'eux s'est retrouvé sous-préfet à 21 ans. Ils voulaient honorer ce que leurs amis morts au combat auraient voulu faire. Ils travaillaient beaucoup et puis, petit à petit ils se sont fait confisquer cette envie de faire par des gens de pouvoir, imbus de leur personne.

    Mouloud, un des deux, a fait la vraie guerre. Il raconte : « C’était la nuit, au cours d'un accrochage, nous voyant plus faible que l'ennemi, plutôt que de riposter, l'on se cache. Grâce à sa lampe, un soldat français me découvre, nous étions à un mètre l'un de l'autre. Alors j'ai tiré. »

    « Et tu l'as tué ? »

    Mouloud, baisse la tête. Il ne répondra pas. 

    C'est lui qui à l'indépendance s'est vu confié la responsabilité de sous-préfet à l’âge de 21 ans. Beaucoup de pieds noirs qui occupaient des postes étaient partis vers la France. Il fallait les remplacer, et c'est ainsi que l'on se retrouve très jeune à la tête d’une wilaya.

     

    Il nous a accueillis chez lui. Dans sa maison, il y avait des photos du maquis sur tous les murs. Sa femme nous sert. Elle nous offre un café, des fruits, des gâteaux. Elle s'est même mise en devoir de nous faire des gaufres que je devine à l'odeur.

    Nous parlons, nous parlons, nous connaissons les mêmes villages, j'avais fait mes 24 mois dans le coin. Ait Saada, Ait Daoud, Michelet : 50 ans après tous ces noms nous reviennent…

     

    Un jour, me dit-il, les troupes françaises tombent dans une de nos embuscades. Il y a des morts, vite nous prenons leurs armes et leurs habits. Les habits nous servaient parce que nous n'en avions pas beaucoup mais aussi car l'aviation nous prenait pour des soldats français et ne nous bombardaient pas. Le soir nous fouillons les poches des vêtements récupérés. Dans l'une d'elle, nous découvrons une lettre venue de France. Les parents du mort disaient à leur fils : « ne tue pas mon fils, tu n'es pas en Algérie pour tuer les jeunes de ton âge» Le chef a lu la lettre à tout le groupe, un grand silence a suivi.

    Ensemble, ils décidèrent d'écrire aux parents, pour leur dire leurs regrets d'avoir été obligé de tuer leur fils.

     

    La conversation s'est poursuivie, les récits se sont succédé. Il nous parle de l'opération jumelle. Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire : en juillet, l'armée française décide de finir avec la rébellion. De Gaulle avait décidé cette stratégie. Il est venu lui-même faire le tour des postes pour mesurer la situation. Il avait décidé d'affaiblir l'armée de combat. Il voulait négocier avec l'armée des frontières qui se cachait en Tunisie ; pour quelle raison ? Pour en arriver là, on déploya des milliers de soldats dans la petite et la grande Kabylie.

    Mouloud, nous dit : « il y avait des soldats partout ». L'aviation, l'artillerie lourde et légère, tout fut déployé. Ainsi sur 12 000 maquisards, 8 000 furent tués.

    « Et toi comment tu t’en es sorti ? »

    « Le hasard et puis l'on se cachait dans les buissons à côté de la rivière, et les soldats n'ont pas pensé à ça. On mangeait des racines et même il paraît que certains buvaient leur urine pour ne pas mourir de soif. Ce fut un coup terrible porté aux maquisards. »

     

    16 novembre

     

    Direction le musée de Tizi Ouzou.

     

    Petit à petit la salle se remplit. Une cinquantaine de lycéens sont là et autant d'adultes dont une douzaine d'anciens Moudjahidines. Nous avons droit à l'hymne national algérien puis le directeur du musée nous présente. A notre tour nous présentons notre association puis nous visionnons le film « Retour d'Algérie ».

    La salle est attentive, les anciens maquisards découvrent les appelés du contingent. Le débat durera longtemps, beaucoup de questions et même de la part des lycéens. J’ai l'impression que les spectateurs découvrent une partie de leur histoire.

     

    Certains anciens n'avaient jamais revu un appelé depuis les combats. Ces appelés qui parlent dans le film ne tiennent pas les mêmes propos que les appelés des années de guerre.

     

    Et comme souvent, il y a l'après réunion. Les Moudjahidines nous entourent et continuent à poser des questions. Nous n'avons pas réponse à tout, simplement nous leur disons que nous ne pouvons pas répondre à la place des politiques.

    Par exemple, pourquoi Sarkozy a-t-il reconnu le génocide arménien et n'a pas reconnu le génocide algérien ? Bien sûr nous l'invitons à poser directement la question à Sarkozy.

     

    Ce n'est pas fini : la presse et la radio sont là, il faudra encore répondre à leurs questions. Pour terminer sur cette étape, je dirai qu'à mon avis, la venue d'un appelé en Algérie et l'existence de notre association les a beaucoup étonnés et interrogés.

    A la fin, le président du musée est venu vers nous. « Nous devrions faire quelque chose ensemble ». Et il nous propose de mettre des photos d'appelés dans leur musée ; photos avec commentaires à l'appui. Une première nous dit-il qui pourrait ouvrir une porte pour continuer à travailler avec votre association et reconnaître la souffrance ensemble du passé. »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Nous ne déjeunerons pas ce jour-là, pas le temps. Les paysans du projet de Touiza Solidarité nous attendent pour faire le bilan de nos rencontres. A nouveau une vingtaine de paysans sont là. La déléguée de la DDA est là aussi.

    Ensemble nous élaborons quelques souhaits :

    • se rencontrer plus souvent,
    • se rencontrer chez l'un d'eux plutôt que dans une salle de réunion,
    • profiter de la rencontre pour visiter l'élevage de celui ou celle qui nous reçoit, émettre des idées ou suggestions,
    • créer des groupes par types d'élevage, autrement dit créer des commissions vaches, commissions brebis, arbres fruitiers…Bien sûr la même personne pourrait faire partie de plusieurs commissions suivant leur besoin et leur intérêt.
    • constituer une caisse commune où chaque adhérent pourrait mettre une petite somme tous les mois, ce qui permet d’assurer les coups durs. Un système d’assurance interne : pas de franchise. Et pas d’assureurs qui se font de l’argent sur notre dos !
    • pourquoi pas un jardin collectif ou nous pourrons faire le gros des légumes, ce qui n'empêcherait pas d'avoir son petit jardin pour les petits légumes.
    • pourquoi pas un four à pain ou chaque semaine plusieurs personnes pourraient faire le pain et les galettes pour l'ensemble. Dans les temps anciens chaque village avait son four.

     

    Il en ressort aussi le souci de préserver l'environnement : pas d'intrants (pesticides, insecticides...), gardons la nature comme nos prédécesseurs nous l'ont laissée, gardons les arbres oliviers et figuiers, ce sont les principaux arbres de la Kabylie. Soyons inventifs, faisons des petits essais d'autres arbres : châtaigniers, par exemple.

    Restons modestes, ne mettons pas 4 vaches si nous n'avons de la place que pour 2. Les techniciens qui eux veulent faire marcher la machine économique nous pousseront dans cette voie, sachons dire non. Ce qui compte ce ne sont pas les dinars qui rentrent mais ce sont ceux qui restent.

     

    Et voilà que la Présidente de l'association AJIE nous mettra l’eau à la bouche en nous disant que dans sa famille, il va peut-être se libérer une ferme de plusieurs hectares !

    « Nous pourrions dit-elle, en faire une ferme pilote où l'on élèverait des vaches, des chèvres, des brebis, du blé. » Tout le monde se met à rêver et certains se voient déjà chef de culture ! Elle nous invite même à l'inauguration. Souhaitons que ce projet aboutisse.

     

    La réunion est terminée. En petit groupe, nous parlons de la condition de la femme en Algérie. L'une d'elle nous dit : « au 21eme siècle c'est encore la femme qui après une journée de cueillette d'olive emporte sur sa tête la récolte du jour et le mari passe devant avec sa houe sur l'épaule » et sa fille insiste : nous voyons encore cela en 2015 !

    Nous parlons des relations filles/garçons, de la vie des femmes algériennes. La soirée se termine avec des échanges de mails et de numéros de téléphone et des promesses de se revoir... On s'embrasse et on nous dit « reviens, reviens ». Ca fait chaud au cœur.

    Que restera-t-il ? L'avenir nous le dira.

          

    Le soir nous mangeons en compagnie de Si Saadi.

    Il nous dira : « vous êtes des vedettes, à la radio on ne parle que de vous ».

    Plus sérieusement il nous parlera des années 90 2000. Très dures années où il a failli plusieurs fois en être lui-même une victime.

    Il nous parlera aussi de l’Algérie actuelle.  

     

    Il est très tard quand nous nous quittons ; la nuit sera courte.

    Le lendemain debout à quatre heures, il faut rejoindre l’aéroport d’Alger avant les embouteillages.

    A l’aéroport, fouilles plus poussées, évènements obligent.

    Enfin j’embarque, Mohamed reste en Algérie.

    A Marseille notre ami Jacques  Pradel  m’attend à l’aéroport.

    Il m’emmènera à la gare Saint Charles via le Tarn.

               

    Le voyage est fini

     

    Remi 

     

     Rémi Serres est un fondateur et un animateur des 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) Il est agriculteur retraité et habite le Tarn.

  • La bataille d'Einaudi...

    ll est d'abord ici question d'un homme, Jean-Luc Einaudi, et aussi d'un procès, celui en octobre 1997 de Maurice Papon et de son rôle sous l'occupation. Einaudi est l'auteur d'un livre intitulé « la bataille de Paris, 17 octobre 1961 », publié six ans auparavant, et c'est à ce titre qu'il vient à la barre : les parties civiles lui ont confié la lourde responsabilité d'être leur seul « témoin d'immoralité » sur la période algérienne de Papon. Le temps d'une journée d'audience, la 16 octobre 1997, ce « citoyen chercheur » va ouvrir une brèche dans le mur de silence derrière lequel le consensus national avait relégué le massacre de plusieurs centaines d'Algériens dans les rues de Paris, sous la responsabilité de son préfet de police.

    Au fil d'un récit documenté et passionnant, Fabrice Riceputi retrace les trois décennies du combat mené par Einaudi pour l'élucidation historique et la reconnaissance politique d'un crime colonial d'état. Du travail d'enquête solitaire qui permit de redonner « un nom et une adresse » à ce crime nié officiellement et demeuré jusque-là une sorte de rumeur mémorielle, en passant par le double procès retentissant qui aboutit à la reconnaissance du »massacre » par la justice française et à l'éclatement de la vérité historique, jusqu'au rappel de la résistance acharnée de l'appareil d'état lui-même à livrer ses secrets contenus dans les archives -cette autre grande muette de nos institutions comme le montre l'affaire Grand-Lainé-, c'est en définitive à une réflexion profonde sur l'incapacité de notre société à regarder en face son histoire coloniale que nous convie l'auteur. S'achevant sur un tableau effarant du déni qui, sur cette affaire comme sur d'autres, persiste encore au sein du corps social, ce livre constitue un vigoureux plaidoyer pour l'acceptation plein et entière d'un héritage dont l'occultation alimente, aujourd'hui plus que jamais, les formes les plus dangereuses du retour du refoulé.

     

    L'auteur Fabrice Riceputi enseigne l'histoire et la géographie dans un quartier populaire de Besançon. La préface est de Gilles Manceron historien spécialiste du colonialisme français.

    Le livre est publié par les éditions Le passager clandestin.

     

    Communiqué de presse de l'éditeur.

     

  • Thomas Munzer ou la guerre des paysans...

     

     

    Ceci est l'histoire d'un jeune homme, d'un jeune Allemand. Né vers 1490, peut-être plus tard, il est mort en 1525, la tête tranchée par le billot.
    En mars 1525, 40'000 paysans fomentent une insurrection, ils démolissent des centaines de châteaux forts et confisquent leurs richesses. A leur tête, un jeune prédicateur exceptionnel, Thomas Munzer dont les discours radicaux inquiètent depuis longtemps Luther et les princes de l'Empire germanique.
    En quatorze chapitres serrés, Maurice Pianzola retrace le destin de ce personnage marquant de l'histoire allemande qui se dresse contre les puissants de son temps en remettant au centre le premier message évangélique : la simplicité.
    Omnia sunt communia - Toutes choses sont communes et chacun devrait recevoir selon ses besoins. Autant de devises répétées par Munzer durant l'ultime interrogatoire mené sous la torture avant sa décapitation.
    Comme le souligne Raoul Vaneigem, "Pianzola part à la découverte d'hommes qui a travers leur création se cherchent. [...] Il perçoit plus qu'un simple élan de sympathie dans le ralliement secret ou déclaré de Dürer, Cranach, Holbstein, Grünewald, les frères Beham, Urs Graf, Ratgeb, Riemenschneider, au parti paysans incendiant les châteaux de l'oppression et revendiquant une société où la destinée de l'homme ne se réduise plus à l'état bestial de la proie et du prédateur, de l'exploitateur et de l'exploité. Ce qui les anime, c'est le sentiment que, créée dans une générosité qui a soif de perfection, la peinteure ou la sculpture n'est que l'esquisse d'une création de soi plus exigeante encore et pour laquelle le monde entier doit être refaçonné".
    Dans son récit, Maurice Pianzola démontre l'existence d'une histoire souterraine de l'utopie révolutionnaire, dont l'expérience historique de Thomas Munzer et de " la guerre des paysans " constitue une des manifestations les plus remarquables.

    Ce livre est publié par les éditions Héros-Limite

    Ce texte est extrait du site de la librairie "L'herbe entre les dalles".

     

  • Communiqué

    A propos des meurtres de masse perpétrés à Paris la nuit du 13 au 14 Novembre.

    dimanche 15 novembre 2015

    Oui, la France est en guerre car l’Etat, par le biais de ses gouvernements successifs, l’a décidé.

    Non, les derniers meurtres de masse à Paris ne sont pas une attaque « des valeurs de la France ». Ou alors la destruction de l’avion Russe est une attaque des valeurs de Poutine ? L’explosion de Beyrouth est une attaque des valeurs du Hezbollah ? Non, là, tout le monde est d’accord pour dire qu’il s’agit de représailles contre les attaques des armée Russes et du Hezbollah contre Daech

    Non, il ne s’agit pas d’une guerre entre les « bonnes valeurs et les mauvaises valeurs », réactualisation médiocre du « bien et du mal » de l’Administration Bush.

    Oui, il s’agit des conséquences meurtrières d’une guerre ; et ce sont toujours les civils qui prennent le maximum de coups, jamais les Etats-Majors, les Officiels ( bombardements insensés des villes allemandes en 44/45 ; Hiroshima...).

    Il faut avoir le courage, comme l’ont eu les Espagnols après les attentats de 2004 à Madrid, de dire que nous n’avons pas à aller faire la guerre en Irak, en Syrie ou ailleurs car il s’agit, en dernier ressort, de guerres de rapines, de pillages, de partages des nouveaux territoires laissés en déshérence étatique et politique après les razzias américano-britanniques.

    Oui, se battre pour une politique de paix, qui n’est pas un pacifisme sans principe, demande du courage, des batailles, de l’organisation. Oui, aujourd’hui, une politique de paix c’est ce qui permet de parler et de mettre en avant ce qui arrive aux gens, aux peuples, aux populations diverses ; oui c’est ce qui permet de dégager, ensemble, ce que nous voulons pour tous, ce que nous voulons pour le pays où nous vivons.

    Oui, il s’agit de se libérer de l’emprise de la guerre que l’Union Nationale veut nous faire porter au nom de la politique choisie par l’Etat, et qui dans ce cas précis, ne fait pas le choix de la vie des gens, mais de leur mort. Mort sans principe, mort pour l’intérêt d’une politique qui ne tient jamais compte de ce qui arrive réellement aux gens (bombardements, guerres sans fins, pillages, désolation, exils massifs, attentats et crimes de masse ...).

    Il n’y a pas de fatalité à l’engrenage de la guerre : une pensée sur ce qu’est la guerre aujourd’hui, des actions pour une politique de paix, en liaison directe avec la population du pays : voilà des possibles envisageables dés maintenant. D’autres sont à découvrir et à inventer.

    « CEUX QUI VEULENT LE PAYS POUR TOUS »

    Toulouse, le 15/11/2015

    Ce texte complète l’appel à la Rencontre du 26Novembre : http://www.ouvriersgensdici.net/IMG...

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  • Communiqué

    A qui sert leur guerre ?

    [Par un collectif — 24 novembre 2015]

     

    Après le temps de la sidération, plusieurs intellectuels et universitaires s’interrogent sur l’opportunité d’une nouvelle « guerre au terrorisme », les précédentes interventions militaires n’ayant eu aucun résultat positif.

    Aucune interprétation monolithique, aucune explication mécaniste n’élucidera les attentats. Faut-il pour autant garder le silence ? Beaucoup jugent - et nous les comprenons - que devant l’horreur de l’événement, seul le recueillement serait décent. Mais nous ne pouvons pas nous taire, quand d’autres parlent et agissent pour nous, nous entraînent dans leur guerre. Faut-il les laisser faire, au nom de l’unité nationale et de l’injonction à penser comme le gouvernement ?

    Car ce serait la guerre, désormais. Auparavant, non ? Et la guerre pour quoi : au nom des droits de l’homme et de la civilisation ? En réalité, la spirale dans laquelle nous entraîne l’Etat pompier pyromane est infernale. La France est en guerre continuellement. Elle sort d’une guerre en Afghanistan, lourde de civils assassinés. Les droits des femmes y sont toujours bafoués, tandis que les talibans regagnent chaque jour du terrain. Elle sort d’une guerre en Libye qui laisse le pays ruiné et ravagé, avec des morts par milliers et des armes free market qui approvisionnent tous les jihads. Elle sort d’une intervention au Mali. Les groupes jihadistes liés à Al-Qaeda ne cessent de progresser et de perpétrer des massacres. A Bamako, la France protège un régime corrompu jusqu’à l’os, comme au Niger et au Gabon. Les oléoducs du Moyen-Orient, l’uranium exploité dans des conditions monstrueuses par Areva, les intérêts de Total et de Bolloré ne seraient pour rien dans le choix de ces interventions très sélectives, qui laissent des pays dévastés ? En Libye, en Centrafrique, au Mali, la France n’a engagé aucun plan pour aider les populations à sortir du chaos. Or il ne suffit pas d’administrer des leçons de prétendue morale (occidentale). Quelle espérance d’avenir peuvent nourrir des populations condamnées à végéter dans des camps ou à survivre dans des ruines ?

    La France prétend détruire Daech ? En bombardant, elle multiplie les jihadistes. Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Comme en Irak, certains de ces civils finiront par se solidariser avec les jihadistes : ces bombardements sont des bombes à retardement.

    Daech est l’un de nos pires ennemis : il massacre, décapite, viole, opprime les femmes et embrigade les enfants, détruit le patrimoine mondial. Dans le même temps, la France vend au régime saoudien, pourtant connu pour financer des réseaux jihadistes, des hélicoptères de combat, des navires de patrouille, des centrales nucléaires ; l’Arabie Saoudite vient de commander 3 milliards de dollars d’armement ; elle a réglé la facture des deux navires Mistral, vendus à l’Egypte du maréchal Al-Sissi qui réprime les démocrates du printemps arabe. En Arabie Saoudite, ne décapite-t-on pas ? N’y coupe-t-on pas les mains ? Les femmes n’y vivent-elles pas en semi-esclavage ? Engagée au Yémen au côté du régime, l’aviation saoudienne a bombardé les populations civiles, détruisant au passage des trésors architecturaux. Bombardera-t-on l’Arabie Saoudite ? Ou bien l’indignation fluctue-t-elle selon les alliances économiques de l’heure ?

    La guerre au jihad, dit-on martialement, se mène en France aussi. Mais comment éviter que ne sombrent des jeunes issus en particulier des milieux populaires, s’ils ne cessent d’être partout discriminés, à l’école, à l’embauche, dans l’accès au logement ou dans leurs croyances ? Et s’ils finissent en prison. En les stigmatisant davantage ? En ne leur ouvrant pas d’autres conditions d’existence ? En niant leur dignité revendiquée ? Nous sommes ici : la seule manière de combattre concrètement, ici, nos ennemis, dans ce pays devenu le deuxième vendeur d’armes mondial, c’est de refuser un système qui, au nom du profit à courte vue, produit partout plus d’injustice. Car la violence d’un monde que Bush junior nous promettait, il y a quatorze ans, réconcilié, apaisé, ordonné, n’est pas née du cerveau de Ben Laden ou de Daech. Elle pousse et prolifère sur la misère et les inégalités dont, année après année, les rapports de l’ONU montrent qu’elles s’accroissent, entre pays du Nord et du Sud, et au sein des pays dits riches. L’opulence des uns a pour contrepartie l’exploitation et l’oppression des autres. On ne fera pas reculer la violence sans s’attaquer à ses racines. Il n’y a pas de raccourcis magiques : les bombes n’en sont pas.

    Lorsque furent déclenchées les guerres d’Afghanistan et d’Irak, nos mobilisations ont été puissantes. Nous affirmions que ces interventions sèmeraient, aveuglément, le chaos et la mort. Avions-nous tort ? La guerre de François Hollande aura les mêmes conséquences. Il est urgent de nous rassembler contre les bombardements français qui accroissent les menaces et contre les dérives liberticides qui ne règlent rien, mais contournent et nient les causes des désastres. Cette guerre ne se mènera pas en notre nom.

     

    Signataires : Ludivine Bantigny, historienne, Emmanuel Barot, philosophe, Jacques Bidet, philosophe, Déborah Cohen, historienne, François Cusset, historien des idées, Laurence De Cock, historienne, Christine Delphy, sociologue, Cédric Durand, économiste, Fanny Gallot, historienne, Eric Hazan, Sabina Issehnane, économiste, Razmig Keucheyan, sociologue, Marius Loris, historien, poète, Marwan Mohammed, sociologue, Olivier Neveux, historien de l’art, Willy Pelletier, sociologue, Irène Pereira, sociologue, Julien Théry-Astruc, historien, Rémy Toulouse, éditeur, Enzo Traverso, historien.

     

    Extrait du site de la LDH de Toulon

  • Histoire critique de l'ultragauche...

    Ici, un territoire se dessine, des critiques de gauche de la social-démocratie à l'Internationale situationniste en passant par la Gauche germano-hollandaise ; la Gauche dite italienne et les multiples groupes et publications qui en sont issus ; Socialisme ou Barbarie et sa descendance ; le Communisme libertaire avec Noir et Rouge. Territoire théorique pour une histoire qui ne serait pas générale mais critique.

    Pour l'ultragauche, la révolution et le communisme consistent en libération du travail et affirmation du prolétariat comme classe dominante, mais toutes les médiations rationnelles et pratiques conduisant à ce but sont critiquées et supprimées : syndicats, partis de masse, parlementarisme, critique même de l'intervention dans la lutte de classe. Tout y est suspendu à une mystique de l'autonomie (comme contenu de la révolution) auto-organisation (comme forme) ou du Parti, qui doit être la révélation de l'être véritablement révolutionnaire du prolétariat, faisant exploser son existence de classe.

    Il existe une relation incontournable entre le prolétariat, classe de ce mode de production -le capitalisme- et cet être révolutionnaire dont l'ultragauche attendait la libération ; relation qu'elle a échoué à comprendre et à théoriser. Pourtant, elle nous a suggéré que la révolution n'était pas l'affirmation de la classe telle qu'elle existe, tout en la comprenant comme l'affirmation d'une nature révolutionnaire propre : c'était là sa dynamique et sa contradiction, et par là, elle nous a amenés jusqu'au point où nous pouvons la quitter.

     

    L'Histoire critique de l'ultragauche est le seul ouvrage en France qui propose une analyse critique théorique des groupes et de la pensée de l'ultragauche historique.

    A partir d'une série de causeries publiques, le groupe Chemins non tracés et l'auteur Roland Simon ont réalisé la première édition de ce livre en 2011. Ce livre est publié par les éditions Senonevero et diffusé par Hobo Diffusion.

     

  • La Confrérie des chats de gouttière...

    Après avoir passé plus de dix ans dans les geôles de la république pour braquages, Alexandre Dumal a raccroché son flingue pour se faire auteur de romans noirs et rouges.

    Dans ce récit, cet éternel outsider enfonce un peu plus le clou, livrant des tranches de vie tantôt truculentes, tantôt poignantes, qui composent un hymne plébéien à la liberté.

    On y découvrira comment, malgré la dèche -et la ségrégation qu'elle suscite-, des êtres indomptés se rencontrent et s'aiment, luttent et se serrent les coudes, avec pour seule devise : « solidarité est puissance ».

    Le livre a été publié par les éditions L'Insomniaque.

     

    Communiqué de presse de l'éditeur.

     

     

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