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  • Aimons-nous les uns les autres...

     

     

     

     

     

    En 1971, la Commune de Paris, la révolution la plus généreuse que la Terre ait portée, embrase les cœurs et les rues. « J'avais beau me souvenir que notre Commune voulait refaire le monde sous le feu de deux armées, celle des Prussiens et celle de Foutriquet installée à Versailles, j'avais beau me dire chaque jour que la Commune était foutue d'avance, eh bien elle avançait. »

     

    Catherine Clément raconte avec fièvre ces mois d'espoirs et de rêves, jusqu'à la fameuse « Semaine sanglante ». Son roman convoque des figures historiques devenues légendaires (Louise Michel, Delescluse, Garibaldi, Hugo, Marx, Clemenceau) mais aussi d'inoubliables anonymes, qui réinventèrent le récit de ces jours tragiques et glorieux. Un couple anime l'histoire : le tout juste nommé ministre du Travail, Léo Frankel, un juif hongrois, et la sublime Elisabeth Dmitrieff, jeune russe ascétique et flamboyante, envoyée par Marx au cœur de la tourmente.

     

    Savoureux, haletant, d'une intraitable liberté de ton, ce roman donne à voir une Commune enfin démythifiée, plus proche de nous qu'elle le fut jamais.

     

     

     

    L'auteure Catherine Clément ouvrage édité au Seuil.

     

     

     

    Communiqué de presse de l'éditeur.

     

  • La guerre d'Algérie, ici et là-bas...

     

     

     

     

     

    En 2012, en France et en Algérie, mais selon des dispositions différentes, on a commémoré les 60 ans de la fin de la guerre d'Algérie. Coté français, l'événement a non seulement été très publicisé, mais il a aussi favorisé une importante médiatisation des paroles de sujets anonymes. Racontant « leur » guerre ou celle de proches, ces récits ont individualisé l'Histoire commune, montrant l'hétérogénéité du rapport à ce passé. Signés ou non, assortis d'un nom ou seulement d'un prénom, ces récits ont conforté l'idée selon laquelle le singulier et l'ordinaire peuvent aussi contribuer à l'écriture de l'Histoire. De la sorte et en conformité au traitement d'autres conflits, la guerre d'Algérie a été abordée selon une focalisation sur de paroles singulières. Un procédé présent auparavant mais amplifié à l'occasion de la commémoration.

     

    C'est donc à cette mise en perspective que Béatrice Fleury s'intéresse, retraçant entre 1959 et 2012, les parcours médiatiques de plusieurs personnalités anonymes qui, impliquées d'une manière ou d'une autre dans la guerre, ont été conduites à jouer ensuite un rôle testimonial significatif. S'attachant aux raisons pour lesquelles elles ont acquis -temporairement- un statut public, Béatrice Fleury tente de comprendre pourquoi, plus que d'autres, elles ont pu exemplifier des faits et faire passer des idées. Pour élucider les enjeux et contraintes de cette configuration associant privé et public, l'auteure s'intéresse aux circonstances qui ont fait et font qu'un anonyme sort de l'ombre et accède à la scène publique. En traitant d'un témoignage et d'un témoin singulier, elle retrace donc les facteurs relatifs à cette mise en visibilité et met en évidence le rôle joué par différents acteur du champ social (journalistes, écrivains, historiens, membres d'associations et personnalités politiques).

     

     

     

    L'auteure Béatrice Fleury est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lorraine et directrice adjointe du Centre de recherche sur les médiations.

     

     

     

    L'ouvrage est publié par Les éditions Le Bord de l'eau, collection Mondialisation, culture et communication.

     

     

     

    Communiqué de presse de l'éditeur.

     

  • Les Ouvriers...

     

     

     

     

     

    On les reconnaissait à leurs bleus maculés de cambouis ou couverts de sciure. Ils étaient fiers de leur savoir-faire qu'ils savaient si bien transmettre. Ils étaient dignes face au patron irrespectueux qu'ils n'hésitaient pas à lâcher au milieu d'un chantier pour s'embaucher tout aussitôt dans une meilleure boite. Ils étaient solidaires d'un compagnon dans le malheur, savaient écorner leur maigre salaire pour l'aider ou user de la grève pour le défendre. Ils étaient accueillants pour les étrangers, leurs frères en salariat mais ne toléraient aucune trahison. Ils aimaient défiler poing levé le 1 er mai et faire la fête entre amis. Ils ne craignaient ni la mort ni le chômage... Voici l'image de l'ouvrier, de mon père, que je retrouve aujourd'hui dans le magnifique coffret de témoignages et documents mis en écrit et image par Xavier Vigna et publié par les éditions Les Arènes, cette classe ouvrière, dont on dit qu'elle n'existe plus dans ce monde où pourtant les inégalités sociales n'ont jamais été aussi criardes... Les prolos d'aujourd'hui ne portent plus de casquettes ni ne roulent en solex, ils sont pourtant toujours aussi affreusement opprimés, seuls le mythe de l'impuissance et la résignation les font se taire et subir. Un regard en arrière sur ce que furent la vie quotidienne et les luttes de ces femmes et de ces hommes leur serait bénéfique et pourrait provoquer en eux la honte et la conscience de leur lâcheté. Tout notre bien-être nous le leur devons, il est le fruit de leurs souffrances, de leur résistance et de leur joie dans la victoire...

     

     

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

     

     

    « Les Ouvriers dans la France des usines et des ateliers » de Xavier Vigna aux éditions Les Arènes.

     

  • La vraie histoire des instits...

     

     

     

     

     

    Comme ils nous ressemblent ces élèves sur les photos des années 50. On a toujours l'impression que c'est de notre classe qu'il s'agit. Nous ne fumes pourtant pas les premiers, ni les derniers heureusement, à poser nos dernières, parfois merdeux, sur des bancs souvent boiteux appuyés à des pupitres profondément sculptés des oeuvres de nos glorieux prédécesseurs en apprentissages grammaticaux et mathématiques. Dans un très bel ouvrage richement illustré de photos et documents et publié chez Chronique Editions, Olivier Magnan journaliste nous conte l'école depuis bien avant Charlemagne, n'en déplaise à France Gall, en passant par les Ignorantins catholiques et les Hussards noirs de la la République, jusqu'à nos jours où le métier, s'il n'en est pas moins exaltant s'avère toujours plus difficile. Le livre laisse une part importante aux expériences pédagogiques et au combat des enseignants dans leurs missions et le respect de la laïcité. Ouvrage historique où la nostalgie ouvre les portes de l'avenir, ce livre peut devenir un beau et intéressant cadeau de fin d'année à partager... pendant les vacances de Noël....

     

     

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

     

     

    « la vraie histoire des instits » d'Olivier Magnan chez Chronique Editions.

     

  • Les résistances pieds-noires à l'OAS...

     

     

     

     

     

    Aucune société humaine n'est homogène, c'est une évidence. Pourquoi alors la communauté pieds-noirs a-t-elle été si longtemps assimilée dans son intégralité aux ultras de l'Algérie française ? Les métropolitains ne se sont pas montrés très accueillants vis à vis des réfugiés d'Afrique du Nord. Il est vrai, et je l'ai personnellement constaté, que le comportement de certains des arrivants pouvait encourager les représentations. Un gamin de quinze ans qui demande le plus naturellement du monde qu'on lui porte son cartable, un autre qui se vante d'avoir fait le coup de feu avec les factieux, un père qui rentre du boulot s'arrachant les derniers cheveux et pestant contre une équipe de rapatriés dont on l'a bombardé, à son corps défendant, responsable et dont chacun se vante d'avoir été « chef, là-bas » et qui n'arrive pas à s'adapter au mode de travail d'ici, un discours globalement raciste vis à vis des musulmans, des gens souvent naïfs, égarés dans un monde étranger qui balancent entre plaintes et menaces, des éléments réunis qui, à cette époque troublée, ne favorisait pas la perception objective. Peu de gens faisaient la distinction entre le petit peuple chassé de ses origines, les expatriés de fraiche date qui avait choisi les colonies pour y mener une carrière que la limite de leurs compétences ne leur avait pas permis en métropole, souvent les plus hargneux, et les gros colons exploiteurs qui depuis longtemps avaient senti venir le désastre et acquis dans nos provinces les domaines abandonnés par les enfants de paysans préférant des carrières administratives au dur labeur de la terre. Il a fallu du temps et des opportunités pour que des rencontres aient lieu et que la parole devienne sincère. Tout comme les anciens appelés qui aujourd'hui seulement arrivent à évoquer leur passé douloureux, les pieds-noirs reviennent sur leur histoire et sur leurs rapports avec les autres communautés, et on s'aperçoit alors qu'ils n'étaient pas forcement conflictuels et que la guerre fut un immense gâchis. Ils sont nombreux à faire le retour dans leur pays de naissance et c'est très bien. Dans son essai publié aux éditions L'Harmattan, Bernard Zimmermann, instituteur en Oranie, revient sur les événements et au travers de ses souvenirs et de nombreux témoignages, nous fait découvrir le monde des Pieds-Noirs, ses doutes et ses contradictions en coupant court aux idées reçues. Non, tous les Pieds-Noirs ne sont pas des fascistes. De nombreuse formes de résistances et de solidarités entre communautés ont existé. Il y a certainement des leçons à tirer de tout ça...

     

     

     

    Henri Cazales / Radio-Asso.

     

     

     

    « Les résistances pieds-noires à l'OAS » de Bernard Zimmermann aux éditions L'Harmattan.

     

  • Situation en Grèce

     

    URGENT : INFOS IMPORTANTES SUR LA SITUATION EN GRÈCE !

    (alors que les médias européens n'en parlent pas du tout, n'hésitez pas à faire circuler, merci de votre soutien)

     

     

     

    Texte et photos envoyés par Yannis Youlountas depuis Athènes, cette nuit (5-6 décembre 2014)

     

     

     

    Résumé :
    Les manifestations, émeutes et occupations se multiplient chaque jour à Athènes et ailleurs en Grèce, depuis fin novembre. Notamment à cause de la tyrannie du pouvoir à l'égard de Nikos Romanos, jeune prisonnier de 21 ans en grève de la faim, privé de la possibilité d'étudier et particulièrement maltraité. Nikos est, de surcroît, l'ami d'enfance d'Alexis Grigoropoulos, tué le 6 décembre 2008, à l'âge de 15 ans, par un policier dans le quartier d'Exarcheia à Athènes, ce qui avait provoqué un mois d'émeutes retentissantes dans toute la Grèce. Nikos est naturellement devenu le nouveau symbole de toutes les violences actuellement subies par la population, mais aussi du profond désir de lutter, quelle que soit la forme, et de refuser la torpeur et la résignation.

     

     

     

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    Photos
    envoyées par Yannis Youlountas depuis Athènes (Yannis est membre de l'assemblée de réoccupation de l'Ecole Polytechnique et tourne également, caméra au poing, au cœur des événements, avec l'appui des insurgés).
    http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article54

     

     

     

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    Texte
    http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article55

     

     

     

    ATHÈNES SUR UN VOLCAN

     

     

     

    Six ans après le mois de décembre 2008, l'atmosphère est à nouveau insurrectionnelle à Athènes et ailleurs en Grèce. Tous les ingrédients sont réunis pour faire du mois de décembre 2014, peut-être, un grand moment historique. Jusqu'à quel point et à quelles conditions ?

     

     

     

    Depuis la fin du mois de novembre, les manifestations, émeutes, actions ciblées et occupations se multiplient un peu partout en Grèce (dans le silence total des medias européens, plus que jamais des merdias à boycotter ou à bloquer et occuper). La cause principale est la situation du jeune prisonnier anarchiste de 21 ans, Nikos Romanos, qui est devenu un symbole de toutes les violences actuellement subies par la population, mais aussi du profond désir de lutter, quelle que soit la forme, et de refuser la torpeur et la résignation.

     

     

     

    Nikos, l'ami d'Alexis Grigoropoulos, symbole des émeutes de 2008

     

     

     

    Nikos est l'ami d'enfance d'Alexis Grigoropoulos, assassiné à l'âge de 15 ans par un policier dans le quartier d'Exarcheia à Athènes. Un quartier réputé pour ses révoltes historiques et ses nombreuses initiatives autogestionnaires et solidaires. Un quartier dans lequel la liberté, l'égalité et la fraternité ne sont pas des mots jetés à l'abandon au frontispice de monuments publics glacés de marbre. Nikos a vu son ami mourir dans ses bras le soir du 6 décembre 2008. Profondément révolté, il s'est par la suite engagé dans l'anarchisme révolutionnaire et a dévalisé une banque pour financer son groupe qualifié de terroriste par le pouvoir. Après avoir été torturé, notamment au visage, lors de son arrestation, il a finalement réussi à obtenir son bac en prison, mais se voit aujourd'hui refuser la possibilité de poursuivre ses études. C'est pourquoi, depuis le 10 novembre dernier, Nikos est en grève de la faim. Son état s'est progressivement dégradé, notamment au niveau cardiaque, malgré ses 21 ans, et il a été transféré sous haute surveillance à l'hôpital Gennimatas d'Athènes devant lequel manifestent régulièrement des milliers de personnes qui parviennent parfois à dialoguer avec lui à travers les grilles de sa fenêtre (voir la première photo de l'article connexe, dans la même rubrique). En solidarité avec Nikos, un autre prisonnier politique, Yannis Michailidis, s'est mis en grève de la faim le 17 novembre au Pirée, suivi par deux autres, Andreas Dimitris Bourzoukos et Dimitris Politis, depuis le 1er décembre. Le gouvernement grec vient de confirmer son refus de permettre à Nikos de poursuivre ses études et préfère le laisser mourir, non sans faire preuve d'ironie. Des petites phrases assassines et provocatrices qui ne font qu'augmenter la colère populaire et les nombreuses protestations des organisations anarchistes et antiautoritaires jusqu'à celles de SYRIZA, principal parti de la gauche critique, qui est annoncé vainqueur des prochains élections en Grèce. Bref, le contexte politique est particulièrement tendu, à tous points de vue.

     

     

     

    L'Ecole Polytechnique, symbole de la chute de la dictature des Colonels

     

     

     

    Dans cette ambiance de fin de règne, parmi d'autres initiatives solidaires, l'Ecole Polytechnique est à nouveau occupée depuis le premier décembre, 41 ans après avoir défié avec succès la Dictature des Colonels en novembre 1973, au cours d'une occupation similaire pour défendre une radio libre qui s'opposait au régime autoritaire. Les CRS suréquipés viennent d'échouer par deux fois dans leurs tentatives de nous déloger, notamment le 2 décembre au soir, à la fin d'une manifestation fleuve qui s'est terminé avec plusieurs banques dégradées ou brûlées. Parmi d'autres obstacles de circonstance, un bus a même été transformé en barricade incandescente sur l'avenue Stournari, à Exarcheia (voir les photos dans l'article connexe), et les affrontements ont duré une bonne partie de la nuit. Douze insurgés arrêtés ont été violemment frappés, au point que trois d'entre eux souffrent de fractures du crâne. L'occupation de l'Ecole Polytechnique n'a pas cédé, malgré le deversement de quantités énormes de gaz lacrymogène depuis l'extérieur, tel du napalm sur toute la zone devenue une zone à défendre. Une ZAD jumelée, ces dernières heures, avec d'autres ZAD dans le monde, notamment celles de NDDL et du Testet en France qui ont rapidement transmis leur soutien fraternel, ainsi que de nombreuses personnes et organisations de France et d'ailleurs (soutiens que j'ai tous affichés sur l'un de nos murs et annoncés en assemblée à tous les compagnons et camarades).

     

     

     

    Ce soir-là, alors que la distribution solidaire de sérum, de mallox et de citrons battait son plein, j'ai remarqué plus de filles que jamais parmi les insurgés (voir la photo de « l'autre statue de la liberté » dans l'article connexe) et une diversité à tous les niveaux qui augure d'une ampleur et d'une radicalité sans précédent. J'ai vu et ressenti une détermination et une fraternité rarement rencontrées jusqu'ici, dans mes voyages en Grèce et ailleurs, là où l'humanité ne se résoud pas à vivre à genoux et tente, diversement, de se lever. J'ai vu la vie s'organiser autrement dès le lendemain et la chaleur des barricades se transformer en chaleur des cœurs parmi les occupants de l'Ecole Polytechnique et d'ailleurs.

     

     

     

    Rien n'est fini, tout commence !

     

     

     

    Car durant ces dernières heures, les lieux d'occupations se sont multipliés, rappelant le processus de décembre 2008 qui avait amené la Grèce à connaître les émeutes sans doute les plus puissantes en Europe depuis plusieurs dizaines d'années (sans toutefois parvenir à renverser un pouvoir qui s'était finalement maintenu de justesse, notamment en distillant la peur et la désinformation dans les médias). Des occupations de bâtiments publics et de groupes financiers, de chaînes de télévision et de radios, d'universités et de mairies, depuis Thessalonique jusqu'à Héraklion. Des occupations toujours plus nombreuses, ainsi commentées par Yannis Michailidis dans son dernier communiqué de gréviste de la faim, très relayé sur Internet : « c'est ce qui brise la solitude de ma cellule et me fait sourire, parce que la nuit de mardi [2 décembre], je n'étais pas prisonnier, j'étais parmi vous et je sentais la chaleur des barricades brûlantes ». Avant de conclure avec une phrase rappelant le titre du dernier livre de Raoul Vaneigem : « Rien n'est fini, tout commence ! »

     

     

     

    Une émotion immense

     

     

     

    Parmi les événements qui m'ont également marqué ces jours-ci, certaines assemblées de collectifs ont montré à quel point la tension est à son comble. Notamment celle de l'occupation de l'Ecole Polytechnique dans la soirée puis toute la nuit du 3 au 4 décembre. Une assemblée qui a duré plus de 9 heures, jusqu'à 5h30 du matin. Certes, quelques divergences ont justifié cette durée jusqu'au consensus finalement trouvé au petit matin et je ne rentrerai évidemment pas dans les détails de ce qui s'est dit, notamment pour ce qui est des projets en cours. Mais je peux témoigner d'une atmosphère électrique ponctuée de longs silences qui en disent long. Je peux vous dire également que le grand amphi de l'Ecole Polytechnique était, une fois de plus, plein à craquer, avec des compagnons et des camarades debout et assis un peu partout, devant des murs fraichement repeints de graffitis. Je peux vous dire que la présence du papa de Nikos Romanos, assis au milieu de la salle, avec sa chevelure longue et grise et son regard profond et digne, ne pouvait que contribuer à une émotion déjà immense, alors que son fils se rapproche chaque jour d'une mort certaine.

     

     

     

    « Agir comme si notre propre vie était en jeu… »

     

     

     

    Le stress et la nervosité, la gravité du moment, l'importance des enjeux, faisaient fumer presque tout le monde beaucoup plus qu'à l'habitude, au point que j'en étais presque à regretter l'irritation causée par les gazs lacrymogènes dans les rues alentours. Parmi les paroles qui ont résoné : « ce n'est plus l'heure de mettre la pression, mais de rentrer en insurrection » ou encore des appels à « agir comme si notre propre vie était en jeu, car en vérité, c'est bien le cas pour nous tous qui vivons comme damnés, comme des esclaves, comme des lâches » ; « il faut retrouver pleinement confiance en nous-mêmes pour parvenir à redonner partout confiance aux gens et, en particulier, pour rassembler les laissés pour compte qui devraient être les premiers à descendre dans la rue, au lieu d'attendre que la libération vienne du ciel ». J'ai aussi parfois entendu des paroles jusqu'au boutistes que je ne préciserai pas ici, mais qui témoignent bien du ras-le-bol immense qui traverse une grande partie de la population et la conduit à tout envisager pour se libérer des tyrans du XXIème siècle.

     

     

     

    Des tags à la mémoire de Rémi Fraisse

     

     

     

    J'ai vu un ancien de 1973 avoir les larmes aux yeux et songer que nous vivons peut-être un autre moment historique. J'ai lu d'innombrables tags en soutien à la grève de la faim de Nikos Romanos, mais aussi à la mémoire de Rémi Fraisse, tué par le bras armé du pouvoir sur la ZAD du Testet.

     

     

     

    Cette nuit encore, à la veille du 6 décembre très attendu, avec une grande inquiétude par les uns et avec un profond désir par les autres, le quartier d'Exarcheia est encerclé par les camions de CRS (MAT) et les voltigeurs (Delta, Dias). Plusieurs rues sont barrées. On ne peut entrer et sortir d'Exarcheia que par certaines avenues, plutôt larges et très surveillées. La situation prend des allures de guerre civile et rappelle certaines régions du monde. A l'intérieur du quartier, comme dans beaucoup d'autres coins d'Athènes, la musique résonne dans le soir qui tombe : du rock, du punk, du rap, du reggae, des vieux chants de lutte. Dans l'Ecole Polytechnique, on a même installé deux immenses enceintes du côté de l'avenue Patission et on balance ces musiques pour le plus grand bonheur des passants qui nous soutiennent et lèvent parfois le poing ou le V de la victoire tant désirée. D'autres baissent la tête et ne veulent pas y croire, ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir, murés dans la prison d'une existence absurde et pauvre à mourir d'ennui, si ce n'est de faim.

     

     

     

    Le spectacle d'un monde à réinventer

     

     

     

    Ici, ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur les corps, ça chante, ça s'organise. La fête a déjà commencé ! Certes, elle est encore modeste et incertaine, mais une nouvelle page de l'histoire des luttes est peut-être en train de s'écrire à Athènes et au-delà. Une nouvelle page qui ne pourra s'écrire qu'en sortant de chez soi, par-delà les écrans, les « j'aime » des réseaux sociaux et le spectacle d'un monde tout entier à réinventer. Une nouvelle page qui ne pourra s'écrire qu'ensemble, en se débarrassant de la peur, du pessimisme et de la résignation.

     

     

     

    Rester assis, c'est se mettre à genoux.

     

     

     

    Yannis Youlountas
    membre de l'assemblée d'occupation de l'Ecole Polytechnique à Athènes

     

     

     

    N'hésitez pas à faire circuler. Merci de votre soutien.
    http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article55 (texte)
    http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article54 (photos)

     

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